Pour les Mélanésiens qui l’habitent depuis des millénaires, c’est le Kanaky.
Pour les français de métropole, c’est un territoire d’outre-mer, avec son statut particulier qui lui accorde beaucoup d’autonomie. Mais c’est aussi, et en particulier pour les dirigeants français, un des signes de la grande puissance française dans le monde.
Pour des raisons aujourd’hui essentiellement géopolitiques (garder la Chine à distance et posséder des eaux territoriales immenses), les autorités semblent vouloir en faire un territoire définitivement partie intégrante de la France. Les Mélanésiens s’opposent à cette vision qui les éloigne de leur souveraineté.
Le projet de réforme électorale a rallumé les braises d’un conflit refoulé. Et le transfert et l’incarcération en métropole de leaders indépendantistes plus radicaux ne peuvent manquer de rappeler ceux du général haïtien Toussaint Louverture emprisonné au fort de Vaux ou en sens inverse ceux de militants kabyles réclamant l’indépendance et envoyés en Nouvelle Calédonie.
On peut craindre d’y voir le signe d’une résurgence coloniale. L’avenir du Kanaky peut encore être pensé de manière harmonieuse entre les leaders mélanésiens traditionnels et la puissance coloniale pour un pays souverain associé à la France.
Encore faut-il commencer à écrire cette nouvelle page.
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Quand le bien commun et le développement de tous sont rejetés par les hommes les plus puissants de la planète, où allons-nous ? L’idée d’un monde multipolaire où les droits des peuples sont reconnus et soutenus pour un développement humain intégral de tous, semble du passé, remplacé par
1 – Pourquoi une telle fascination à l’égard de l’Amérique ?
Une première remarque : lorsque l’on parle des États-Unis (USA) on dit facilement l’Amérique ! Certes, les USA occupent un espace important, mais ce n’est qu’une petite partie du continent. Le langage courant semble légitimer le droit de regard, voire d’emprise, de ce grand pays sur ses voisins et sur la partie sud du continent.
La fascination, au sens d’envoûtement, est telle qu’un tweet (pardon, un X) de son président fait la une de l’info. Nous tombons alors dans le piège qu’il nous tend, passant tout le temps à commenter ses provocations au lieu de préciser les références auxquelles nous tenons pour organiser notre vie commune. Ceux qui sont polarisés par le jeu des rapports de force se perdent alors en supputations, au lieu de travailler à construire ce qui est important pour nous et pour l’avenir de notre monde commun. Les réactions à une agitation affolante ne font pas une politique.
Il est préférable de renforcer nos pratiques démocratiques afin que les voix des citoyens, notamment celles des plus fragiles, soient mieux entendues ; sinon les dérives populistes risquent de prendre le dessus. Il importe aussi de mettre l’accent sur les droits humains fondamentaux, alors que des régimes autoritaires et des puissances financières foulent aux pieds la dignité humaine et la solidarité. Et n’oublions pas la référence à la fraternité ! Réunis au sein de l’Union européenne, nous pouvons peser dans la marche du monde. Évitons de rester fascinés par les USA alors que la politique de ce grand pays semble aujourd’hui inquiétante, tandis que son héritage culturel risque d’être laminé par des manœuvres autoritaires, au profit de quelques oligarques. Osons résister, notamment en déployant une culture humaniste qui prend soin des plus faibles, au lieu de faire écho aux provocations populistes et dominatrices qui dénient toute référence éthique.
2 – Une humanité toujours en mouvement
Dans le cadre de la politique nationale, le sujet de l’immigration est souvent agité pour provoquer des polémiques et capter l’attention, au lieu de travailler à résoudre des problèmes sociaux qui concernent la vie quotidienne, par exemple la santé et l’éducation. Les historiens nous rappellent que l’humain depuis ses origines est caractérisé par le déplacement, sans oublier que parfois la migration est une question de survie. Actuellement, on estime à 108 millions le nombre de personnes déplacées dans le monde en raison de conflits, de persécutions, de violations des droits humains, de famine. Mais il y a aussi d’autres motifs pour partir vers d’autres pays : un exemple, on parle peu des 2,5 millions de Français qui vivent à l’étranger, sans avoir subi un déplacement forcé. En France, 41% des doctorants sont des étrangers et le plus grand nombre des arrivants vient pour étudier ; on peut y voir une chance pour le rayonnement de notre pays, mais aussi pour un partage de compétences qui contribuent à notre développement à la fois économique et culturel. Mais nombre de ces étudiants se trouvent en butte à la défiance.
Sans nier les difficultés concrètes liées à l’arrivée de personnes migrantes, notamment en certains points du territoire national, on peut valoriser leur apport plutôt que manifester une attitude de rejet. Quant aux fonds consacrés à la marginalisation et à l’éviction, ils pourraient être plus utiles pour favoriser l’intégration. En ce sens, la référence aux valeurs de la République est importante, elle doit orienter nos attitudes comme pays d’accueil au lieu de servir d’argument pour discriminer et parfois rejeter celui qui se présente. Comment ces « valeurs » demeurent-elles crédibles quand elles se trouvent contredites par des pratiques humiliantes censées contenir une soi-disant « submersion » ?
3 – Des objectifs pour une humanité plus solidaire
Tout d’abord, un rappel. En l’an 2000, sous l’égide de l’ONU, des objectifs du millénaire pour le développement (OMD), courant jusqu’en 2015, avaient mobilisé les politiques, les acteurs économiques et les ONG. Les résultats en matière de recul de la grande pauvreté, d’avancées concernant la santé et l’éducation avaient été remarquables. Aussi, des objectifs pour un développement durable (ODD) ont été formulés pour la période 2015-2030. Ce programme ambitieux n’est plus guère évoqué, sinon pour signaler une aggravation de la situation, en raison tout particulièrement de l’extension des conflits. Aujourd’hui, 1 enfant sur 10 vit dans un contexte de guerre, avec les conséquences que l’on devine concernant l’espérance de vie, la santé, l’alimentation, l’éducation (notamment pour les filles). Plus de 9% de la population mondiale souffre de la faim et l’insécurité alimentaire touche 2,3 milliards d’humains : une aggravation notable depuis 10 ans.
L’évocation de ces chiffres ne vise pas à noircir le tableau, au risque de rajouter une couche de désespoir. Il s’agit au contraire de nous aider mutuellement à réveiller une espérance active. Espérer, ce n’est pas s’adonner à une douce rêverie, mais voir en face les défis à relever, de manière à s’y atteler ensemble au lieu de se replier sur des avantages immédiats.
Il n’y eut jamais d’âge d’or, la période actuelle peut sembler éprouvante, avec le risque du pessimisme et du repli sur soi. L’interpellation biblique demeure donc plus que jamais d’actualité : choisis la vie et non la mort ! Nous pouvons répondre positivement au niveau des idées pour résister aux messages déclinistes, aux mises en avant de la puissance destructrice, aux légitimations de la violence brute… Il vaut la peine de travailler à ouvrir un avenir sous le signe d’une humanité solidaire et d’un rapport pacifié avec la nature. Je suis témoin que nous sommes nombreux à refuser le fatalisme, à travailler pour que les enfants d’aujourd’hui bénéficient d’une vie relativement bonne, afin qu’ils puissent à leur tour construire une humanité solidaire. Une valeur républicaine essentielle brille sur nos monuments publics : la fraternité, elle nous réjouit et nous interpelle… Chacun peut dès maintenant trouver sa joie en la faisant fleurir au cœur de ses rencontres et de ses engagements, en provoquant ainsi une heureuse contagion !
4 – Que dire de la venue d’un enfant ?
Jean BIRNBAUM (La Croix, 3 février 2025) rappelle le propos de Hannah ARENDT : chaque enfant est un miracle qui sauve le monde. Puis, il poursuit : « Ce qui est en jeu, c’est une crise du rapport au symbolique, c’est-à-dire à ce qui vient de plus loin que nous et qui va au-delà. L’enfant n’est pas un petit soi, il est d’emblée un tout autre qui nous échappe. Il fait de nous un simple maillon dans la chaîne des générations. L’exaltation que procure un enfant, ce n’est pas la joie narcissique (et illusoire) de se perpétuer, mais celle, symbolique, d’incarner un point de passage, une continuité émue. »
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Les journaux français et bon nombre de commentateurs parlaient de la « libération de Phnom Penh » et de la joie de ses habitants. Quelques mois plus tard, le père François Ponchaud (Missions étrangères de Paris) dernier français à quitter la ville témoignait du nettoyage par le vide réalisé par l’Angkar, le parti communiste du Kampuchéa.