Ethique sociale en Église n°96 septembre 2026
1 – Éclats d’été.
Oui, il a fait chaud. Beaucoup ont souffert des canicules à répétition et, en plus, certains ont vu leur vie perturbée par les incendies. Les médias ont bien couvert ces événements, mettant en lumière les solidarités, traitant des causes du changement climatique et donnant la parole aux scientifiques. Aussi, la formule ressassée « d’écologie punitive » apparaît bien cocasse puisque, si punition il y a, elle dépend d’abord des dérèglements dus aux activités humaines. La solidarité se joue non seulement face aux catastrophes, mais aussi et d’abord dans la prévention, ce qui suppose des changements dans nos modes de vie. Cependant, l’expérience estivale ne se réduit pas aux coups de chaud et aux flammes dévastatrices, je recueille volontiers quelques éclats de vie, des petits riens du quotidien qui peuvent réjouir.
+ Un soir à la plage, une petite foule est assemblée pour admirer le coucher du soleil : c’est gratuit et non tapageur. Donc, les vacances ne se réduisent pas à courir là où il y a du bruit et des occasions de dépenses, ou à frimer sur des engins puissants. C’est calme, seuls quelques enfants ont encore à finir des travaux avec le sable de la plage… Chacun peut le vivre à sa manière, partageant avec quelques proches, profitant d’un silence méditatif pour admirer simplement, pour prier… Il y a aussi des échanges furtifs. Un bébé dans les bras de sa mère qui gratifie d’un sourire dès qu’on porte un regard vers lui. Une fillette marchant depuis peu qui expérimente ses capacités d’autonomie, si on lui adresse un mot d’encouragement elle salue généreusement de sa petite main… Nous ne sommes pas faits pour nous taper dessus, pour nous agresser : nous pouvons nous réjouir de voir ensemble le disque rouge du soir se marier avec l’océan.
+ Un colloque, sérieux comme il se doit, avec une double intervention sur l’accueil de personnes et de familles réfugiées en raison de menaces. Une jeune responsable de Sant Egidio évoque les « couloirs humanitaires ». À ses côtés, un ancien ambassadeur auprès du Vatican, une finale en beauté pour un diplomate, parle de différentes politiques menées à ce sujet. Nous constatons rapidement que les deux intervenants manifestent une grande proximité… Notre humanité n’est donc pas fatalement constituée de castes juxtaposées, chacun fréquentant son petit monde et ignorant les autres. Justement, les engagements humanitaires permettent de belles rencontres et ouvrent la voie à des amitiés fécondes : la qualité des relations entre acteurs, mais aussi avec les personnes soutenues, contribue à la qualité des actions, il s’agit bien d’une confiance partagée.
+ Il m’a été donné de rencontrer une jeune femme originaire du Caucase, d’une ex république de l’URSS. Elle est arrivée en France dans le cadre des échanges Erasmus, elle a rencontré celui qui est son conjoint et a entrepris des études pour un métier de soins qu’elle pratique avec cœur, elle parle un français impeccable… Une belle personne qui enrichit notre vie commune. Certains politiques voudraient restreindre fortement la venue d’étudiants étrangers, alors que de nombreux jeunes Français désirent passer un temps à l’étranger, ou même y sont obligés dans le cadre de leur cursus. Fermer hermétiquement les frontières, c’est s’appauvrir !
2 – Des questions pour aujourd’hui…
+ Dans une ambiance de pré-campagne électorale, on parle à nouveau d’interdire le port du voile dans l’espace public, certains seraient même prêts à organiser un referendum à ce sujet ! Il y a sans doute des questions plus urgentes en ce temps de rentrée. Notons que les inquiétudes à propos des vêtements et des parures s’intéressent quasi exclusivement aux femmes, au motif qu’elles seraient toujours trop couvertes, ou pas assez… De telles mises en cause concernent rarement les hommes, ils peuvent jouir à leur guise d’une grande liberté vestimentaire. Un signe parmi d’autres que les vieux réflexes relevant du patriarcat, voire d’un machisme pervers, sont toujours bien vivants. Une question subsidiaire, toujours à propos du voile : les moniales sortant de leur cloître pour aller voter seraient-elles exposées à une amende ? Ou y aura-t-il une police des mœurs pour évaluer s’il s’agit d’un bon voile qui mérite le respect ou d’un voile délinquant qui appelle une sanction ?
+ En ce temps de rentrée scolaire, des informations nous rappellent qu’il y a de nombreux enfants à la rue. Cette année, on en a recensé 2355, dont 514 de moins de trois ans, une augmentation de 42% en quatre ans. Il est heureux que l’école leur soit ouverte, mais comment un enfant peut-il profiter au mieux des enseignements qui sont dispensés ? On peut se réjouir que des parents d’élèves, sensibilisés le plus souvent par leurs propres enfants, s’organisent avec des enseignants pour trouver des solutions d’urgence, et parfois un logement sûr. La question devrait être prise en compte dans les débats politiques à venir : une société qui tolère en son sein de telles injustices, avec une aggravation notable, contredit ses propres valeurs. D’autant que, aux yeux de certains, ne rien faire pour soulager les souffrances des plus fragiles, à commencer par les enfants, serait un moyen de dissuader d’entrer dans notre pays. À l’injustice se rajoute alors l’hypocrisie.
3 – Peut-ton parler sérieusement de démographie ?
Les plus anciens d’entre nous se souviennent du temps où l’un des périls majeurs pour notre humanité semblait être l’augmentation de la population mondiale. Aujourd’hui, la situation s’est inversée. Certains pays connaissent une baisse de leur nombre d’habitants, le Japon depuis longtemps, la Chine a maintenant plus de décès que de naissances. L’UE n’est pas exempte, l’Italie en est le signe le plus marquant avec 355 000 naissances pour 652 000 décès. En France, on commence à s’en rendre compte avec un taux de natalité de 1,64 enfant par femme ; le solde global est encore légèrement positif, grâce au solde migratoire… Pour le moment, on en traite de manière sectorielle, par exemple avec la fermeture d’écoles ou de classes (une belle occasion de faire des économies !), ou encore en prévision de l’avenir du système de retraites (l’enfant qui naît est d’abord vu comme un futur cotisant et non comme une personne qui va apporter du nouveau à notre vie commune). Il vaut la peine d’y réfléchir de manière globale, en nous interrogeant sur nos visions de la vie et de l’avenir, sans être polarisés par les seuls conflits d’intérêt monétaire…
Quand on envisage des espaces « sans enfants » (Oh les gêneurs !), quand se répand un discours défaitiste en tous domaines et une peur de l’avenir, comment des jeunes peuvent-ils avoir goût de faire famille et de donner à vivre ? Nous retrouvons la politique : on veut éviter de faire de la peine aux retraités, mais on parle moins de soutenir celles et ceux qui prennent le risque de donner la vie à des enfants… Les sourires des petits, leurs jeux et leur désir de découvrir le monde sont pourtant un bon remède contre la morosité. Alors soutenons ceux qui en prennent soin et nous en serons tous ravivés. Regardons les enfants avec gratitude et sollicitude, avec le respect dû à des personnes porteuses d’avenir.
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Dièse
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