Éthique sociale en Église n°95 août 2026
1 – Canicules et incendies.
L’été est habituellement attendu, pour le plus grand nombre, comme une période tranquille, sous le signe d’un certain bien-être, avec un rapport au temps plus calme et une température plutôt agréable. Mais l’été 2026 restera sans doute dans les annales en raison de contraintes inhabituelles liées aux canicules à répétition et aux incendies difficilement maîtrisables. La vie de beaucoup d’entre nous s’est trouvée bouleversée, les personnes les plus fragiles étant particulièrement exposées.
Les deux situations dangereuses peuvent être mises en relation : la puissance des incendies étant décuplée par la sécheresse liée aux températures extrêmes. On sait bien que le dérèglement climatique est en cause. Les alertes scientifiques n’ont pourtant pas manqué, mais la force de l’habitude l’a emporté au détriment d’interrogations majeures concernant nos manières de produire et de consommer. Avec la fin de l’été, nous risquons d’en revenir simplement à des modes de vie classiques, sans remettre en cause des attitudes qui contribuent à la détérioration de l’environnement. Le problème est d’abord dans nos têtes et dans nos cœurs, avec des images du bonheur à courte vue qui confondent la vie bonne avec l’abondance d’objets disponibles, on oublie alors d’envisager un rapport plus convenable à l’environnement et de préparer un avenir correct pour les plus jeunes, Aurons-nous le courage de poser cette question majeure d’un bien vivre durable durant la période électorale qui s’ouvre, ou allons-nous continuer à commenter les petites phrases assassines et à gober des discours populistes largement irresponsables ?
2 – De beaux engagements, d’heureuses solidarités.
Durant la période des incendies, les informations ont bien relayé les actes de courage, notamment l’engagement jusqu’à l’épuisement des personnels de sécurité, professionnels comme volontaires. Beaucoup de personnes ont pris des initiatives pour soutenir les gens en lutte contre les flammes, les élus locaux ont organisé la prise en charge des personnes déplacées d’un point de vue matériel mais aussi moral. Il y eut une mobilisation générale, un déploiement d’actions responsables sans attendre des ordres venus « d’en haut ». Pensons par exemple aux agriculteurs transportant les réserves d’eau, aux personnes prodiguant des soins aux pompiers. Face à l’adversité, nous sommes capables de dépasser notre simple avantage individuel et immédiat pour nous associer avec d’autres afin de surmonter ensemble les épreuves. La quête d’un bien vivre pour soi ne peut aller sans le déploiement de notre responsabilité à l’égard d’autrui. Nous ne sommes pas condamnés à des oppositions systématiques, c’est ensemble que nous pouvons grandir en humanité, Quand la quête du bien commun semble étrange au regard de certains, nous pouvons nous rappeler ces initiatives solidaires, cette volonté de porter ensemble les défis de l’existence au lieu de s’adonner à un chacun pour soi ravageur qui enfonce les plus fragiles. Le travail au service du bien commun repose aussi sur la subsidiarité, nous sommes capables de nous associer pour agir au mieux et coordonner les différentes initiatives : les élus de proximité sont bien placés pour gérer les crises, un pouvoir central ne fait pas tout à lui seul.
Alors, gardons en éveil au quotidien ce goût d’avancer ensemble, ne réservons pas le recours à ces qualités hautement humaines pour les seules périodes difficiles.
3 – Des comptabilités morbides.
Nous risquons de nous habituer aux statistiques de morts violentes. Un exemple : on estime à plus de 20 000 le nombre d’enfants tués au cours des combats à Gaza ; certains parleront cyniquement de « victimes collatérales », mais il peut y avoir aussi la volonté d’affaiblir l’espérance de vie au sein d’une population. N’oublions pas les victimes des guerres civiles, par exemple au Soudan, ces conflits entretiennent un esprit de vengeance, avec des chantages ignobles qui s’exercent par des violences contre les femmes et les enfants. La spirale de la destruction continue alors d’enfler et de se transmettre.
Une autre facette de notre monde comprend la mort de migrants, notamment en traversant la Méditerranée, un nombre en augmentation au cours du premier semestre de cette année. Selon la CIMADE plus de 30 000 personnes ont perdu la vie en traversant cette mer de 2014 à 2024. Les systèmes dits de défense amplifient le nombre de décès. Quant au pape Léon, il s’est rendu à Lampedusa pour faire mémoire de ces personnes mortes en mer, il rappelle les causes des migrations en raison de menaces ou de la misère, il parle aussi d’un droit à pouvoir vivre convenablement dans son pays d’origine. Malheureusement l’actualité évoque plus de fermetures de frontières que de solidarités internationales.
De tels décomptes ont quelque chose d’abstrait, y compris lorsqu’il s’agit de morts provoquées ou tolérées. Pourtant quand un enfant meurt, c’est une promesse de vie qui s’éteint, un environnement familial qui sombre dans le malheur. Chaque personne est unique et mérite de pouvoir vivre. Nous fabriquons un monde qui se déshumanise lorsqu’il sème impunément la mort au lieu de soutenir les vies fragiles. Prenons garde, nous minons les bases de notre civilisation lorsque nous larguons les valeurs humanistes que des générations ont contribué à promouvoir avec courage. Certains discours qui évoquent la défense de la civilisation se dévoient en semant une haine destructrice, au mépris de la vie humaine et de la dignité de chaque personne.
4 – Des signes prometteurs.
Nous pouvons penser aux jeunes qui s’engagent dans un temps de service civique, aux personnes qui quittent leur pays durant une période pour soutenir des projets de développement. Pensons aussi au grand nombre d’acteurs qui prennent leur part dans la vie associative, notamment pour soutenir les plus faibles : ils contribuent largement à la qualité de notre vie commune, même si cela ne paraît guère dans les lignes comptables. Un thème intéressant pour animer les débats électoraux !
Un exemple précis. Le dixième anniversaire de la mise à mort de Jacques Hamel, alors qu’il célébrait la messe, vient d’être marqué. On a rappelé à cette occasion la démarche effectuée par la sœur du prêtre défunt et la mère de l’un des assaillants. Elles sont allées l’une vers l’autre, pour partager leur souffrance au lieu d’entretenir une haine destructrice. Il est beau de voir que de telles rencontres improbables puissent avoir lieu.
À partir de tels engagements, y compris les solidarités manifestées lors des incendies, notre civilisation peut continuer de grandir en humanité. Chacun doit alors s’interroger sur les responsabilités qu’il peut assumer au lieu d’en rester à gémir sur les risques de déclin.
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Dièse
Image par Tanja-Denise Schantz de Pixabay
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