Pour les Mélanésiens qui l’habitent depuis des millénaires, c’est le Kanaky.
Pour les français de métropole, c’est un territoire d’outre-mer, avec son statut particulier qui lui accorde beaucoup d’autonomie. Mais c’est aussi, et en particulier pour les dirigeants français, un des signes de la grande puissance française dans le monde.
Pour des raisons aujourd’hui essentiellement géopolitiques (garder la Chine à distance et posséder des eaux territoriales immenses), les autorités semblent vouloir en faire un territoire définitivement partie intégrante de la France. Les Mélanésiens s’opposent à cette vision qui les éloigne de leur souveraineté.
Le projet de réforme électorale a rallumé les braises d’un conflit refoulé. Et le transfert et l’incarcération en métropole de leaders indépendantistes plus radicaux ne peuvent manquer de rappeler ceux du général haïtien Toussaint Louverture emprisonné au fort de Vaux ou en sens inverse ceux de militants kabyles réclamant l’indépendance et envoyés en Nouvelle Calédonie.
On peut craindre d’y voir le signe d’une résurgence coloniale. L’avenir du Kanaky peut encore être pensé de manière harmonieuse entre les leaders mélanésiens traditionnels et la puissance coloniale pour un pays souverain associé à la France.
Encore faut-il commencer à écrire cette nouvelle page.
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La 12ème édition du Forum social mondial (FSM) qui s’est tenue à Tunis du 26 au 31 mars 2013 a rassemblé plus de 50 000 participants venus du monde entier autour d’un slogan faisant écho à la révolution tunisienne : « KARAMA » – DIGNITE.
Il témoigne du dynamisme du processus du Forum social mondial (FSM).
Ce FSM de Tunis est historique : il y a quelques années, il semblait en effet inimaginable qu’un tel événement puisse se tenir dans cette région du monde.
De plus, l’assassinat du leader d’opposition, Chokri Belaïd, le 06 février dernier, avait créé d’énormes tensions dans la coalition au pouvoir composée du parti islamiste Ennadha et de deux partis de la gauche laïque . Ces derniers accusent Ennadha d’être responsable de cet assassinat.
Il était donc à craindre que le Forum renforce ces clivages par manque d’inclusivité.
Il n’en fut rien, bien au contraire. Ce FSM de Tunis a été un énorme succès. Non seulement par la qualité de l’organisation, mais aussi par la forte présence de la société civile tunisienne, dont de nombreux jeunes (rappelons que ce sont eux qui sont à l’origine de la « révolution du jasmin » tunisienne)!
Ainsi, des questions controversées comme la relation des mouvements sociaux avec l’Islam politique ou les droits des femmes (les femmes ont été très présentes et ont démontré qu’elles n’étaient pas prêtes à se laisser confisquer leur révolution) ont pu être débattues de manière contradictoire et apaisée. .
Parmi les autres thèmes principaux débattus lors du Forum, je retiens celui du modèle économique et social. Comme le soulignait notre partenaire tunisien, le FTDES, lors d’un atelier, la révolution est le produit de l’échec d’un modèle économique. Plus largement, une réflexion autour de l’encadrement des investissements étrangers pour qu’ils bénéficient réellement aux populations locales a été menée : un véritable enjeu pour les pays du Sud.
Autre enjeu primordial, traité lors de ce FSM : celui des migrations internationales. En effet, avec les guerres en Libye puis dans le nord du Mali, les routes migratoires se sont trouvées profondément bouleversées. Le FSM a donc permis aux représentants d’organisations d’aide aux migrants présents dans tous les pays qui jalonnent ces routes de coordonner leurs actions. Dans ce contexte également, la migration des Tunisiens vers l’Europe et le drame des disparus en mer ou « disparus de la révolution » a occupé une place particulière.
Par ailleurs, le FSM de Tunis a rassemblé des milliers de participants de toute la région Afrique du Nord et Moyen Orient – Marocains, Algériens, Egyptiens, mais aussi Syriens, Bahreïnis,…permettant ainsi de créer des réseaux régionaux d’acteurs de la société civile.
De nombreuse organisations catholiques étaient présentes, organisatrices de certains ateliers, comme plusieurs Caritas, dont le Secours catholique et le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement- Terre Solidaire. . Ces organisations voient dans le processus du FSM un « signe des temps » d’une société civile qui se lève à un niveau mondial pour construire un monde plus juste et plus solidaire.
Repères :
Le FSM est né à Porto Alegre au Brésil en 2001 pour permettre à des organisations de la société civile du mode entier (Ong, syndicats, mouvements paysans, association de femmes, de quartier, etc.) de se rencontrer, de débattre ensemble des grands enjeux mondiaux, de créer des réseaux, de monter des campagnes citoyennes pour lutter contre les dérives du néo-libéralismes qui créent pauvretés et injustices et pour faire connaître des propositions concrètes d’alternatives. Des réponses comme l’annulation de la dette des pays pauvres, la taxe sur les transactions financières, le concept de souveraineté alimentaire, etc, ont été portées dans cette enceinte avant d’être reprises par les dirigeants politiques.
La Commission épiscopale Justice et paix du Brésil en est l’un des fondateurs.
Le FSM de Tunis en chiffres :
Participants : 50 000
Organisation : 10 000 bénévoles
Associations présentes : 4 500 dont 1 700 tunisiennes
Participants tunisiens : 20 000
Ateliers 1 700
Budget : 1, 1 million d’Euros
Aujourd’hui, la vie avec des musulmans concerne beaucoup de chrétiens. Lors de l’assemblée des évêques à Lourdes en novembre 2012, Mgr Michel Dubost constatait que l’Eglise catholique en France manque de personnes suffisamment formées pour savoir se situer de manière juste avec des musulmans, entrer en relation avec eux, aider les jeunes chrétiens à vivre et exprimer leur foi.
Parmi les 5 millions de musulmans vivant en France, près de la moitié sont français. Cette session comprend trois aspects : une approche de l’Islam, histoire, textes fondateurs, foi, conception de l’homme ; regards chrétiens sur l’Islam ; questions posées par la rencontre avec le monde musulman notamment en France.
Présence religieuse en banlieue : de la solidarité de proximité à la solidarité internationale
Le 28 janvier dernier, Justice et Paix a organisé, comme chaque année, une journée avec les commissions Justice et Paix des Instituts Religieux. Le thème en fut défini en fonction d’un nouveau chantier, qui démarre au sein de Justice et Paix, sur la présence religieuse en banlieue comme expérience de solidarité internationale. En fait, plusieurs congrégations sont aujourd’hui présentes dans ces quartiers périphériques, habitant parfois au milieu même des cités, avec des modalités différentes de présence et d’action. Or, la banlieue est en général un lieu marqué par une forte présence des populations d’origine étrangère. La solidarité de proximité vécue dans ce milieu populaire devient ainsi une forme de solidarité internationale. La découverte réciproque entre des cultures différentes permet de construire une communauté de destin, non seulement à l’échelle locale et nationale mais également au niveau international. Des interdépendances se tissent à travers la présence et les projets en banlieue. L’objectif de ce nouveau chantier consiste à creuser le lien entre ces deux types de solidarité et à mettre en évidence une autre forme de solidarité internationale que celle de l’aide classique au développement.
Le 28 janvier dernier, une centaine de religieux et de religieuses ont participé à cette réflexion. Le matin, on a entendu les témoignages sur quatre expériences associées à quatre congrégations différentes (Petites Sœurs de Jésus, Petites Sœurs de l’Ouvrier, Frères de Ecoles Chrétiennes et Jésuites). Les quatre témoins ont ensuite échangé autour d’une table ronde avec Mgr Jean-Luc Brunin, évêque du Havre et Président du Conseil famille et société de la Conférence des Evêques de France. L’après-midi, les participants ont travaillé en petits groupes, en faisant remonter ensuite une conviction et une attente par rapport à la thématique de la journée. Plusieurs pistes ont ainsi été proposées pour donner une suite au travail, dont le résultat fera l’objet d’une nouvelle publication de la collection « Ensemble et Avec » de Justice et Paix.