VI – La répercussion de la guerre dans la région frontalière avec le Soudan du Sud

3 mars 2025

Extraits. https://www.thenewhumanitarian.org/news-feature/2025/03/03/we-dont-have-protection-worseningcrisis-
disputed-abyei

À Abyei, région pétrolifère disputée entre le Soudan et le Soudan du Sud, l’incertitude politique a longtemps alimenté les conflits locaux et laissé la zone négligée par les groupes d’aide internationaux.

Abyei était censée organiser un référendum en même temps que le vote pour l’indépendance du Soudan du Sud en 2011, afin de permettre à ses habitants de décider s’ils souhaitaient rejoindre le Sud. Pourtant, malgré l’indépendance officielle du Soudan du Sud, le référendum d’Abyei n’a jamais eu lieu en raison de différends sur le droit de vote et des intérêts concurrents du Soudan et du Soudan du Sud, qui  bénéficient également du statu quo. […] L’impasse qui a suivi a laissé les principaux habitants d’Abyei,
les Ngok Dinka, avec le sentiment d’être oubliés. […]

Carte de la région d’Abyié   © https://fr.wikipedia.org

L’incertitude entourant les frontières territoriales a entravé la capacité de la région à attirer une aide humanitaire suffisante et l’a rendue vulnérable aux incursions et aux attaques. Les ONG ne s’engagent pas non plus sur un territoire pour lequel on ne connaît pas d’interlocuteurs politiques. […] Deng, un travailleur social pour l’Action communautaire pour le développement, exprime combien ils sont désemparés. « À chaque fois que des gens viennent demander de l’aide, que faisons-nous ? Nous collectons des données et ils doivent attendre, faute de ressources. »

Or, l’arrivée de personnes déplacées a mis à rude épreuve les infrastructures locales, et la dépendance accrue d’Abyei aux produits de base provenant de la lointaine Juba [ndlr : capitale du Soudan du Sud] a entraîné une hausse des prix sur les marchés inabordable, et pour la population locale et pour les déplacés.

Un autre facteur qui rend la région vulnérable est le fait qu’elle est le « panier des provisions » pour toutes les communautés de la sous-région, mais qu’elle n’est pas protégée par une police ou armée. Ainsi les récoltes sont régulièrement pillées, et la famine s’en suit. L’impact sur la population est important : « Lorsque l’on se trouve dans une situation d’incertitude, il est malsain de planifier, même pour un développement à long terme, et même pour des activités humanitaires. »

Néanmoins, la guerre au nord et ses répercussions néfastes ont un effet secondaire inattendu. Des affrontements de longue date opposent dans cette région les éleveurs de deux clans Dinkas, les Ngok et les Twic, entre eux, et avec les Misseriya, qui migrent de façon saisonnière via Abyei et ont historiquement agi comme mandataires du gouvernement soudanais. Certains politiques se sont servis de ces tensions pour enrôler les jeunes dans des activités criminelles et par là, renforcer la division entre les Ngok et les Twic. Alors que les relations entre les Ngok Dinka et les Twic Dinka se sont détériorées ces dernières années, les habitants d’Abyei ont déclaré que les relations avec les communautés Misseriya se sont améliorées.

Les voies d’approvisionnement en provenance du Soudan étant perturbées, les Misseriya, qui dépendaient autrefois des marchandises en provenance du nord, dépendent désormais de la nourriture en provenance de Juba, au sud, via Abyei – une nouvelle dépendance qui a favorisé une coexistence plus pacifique.

« Il y a un semblant de paix relative », déclare un érudit autochtone. « Les gens ont commencé à être réalistes, puis à parler comme communauté sans mettre comme condition que cette terre appartiendrait à l’un ou l’autre pays. » Selon lui, la responsabilité de promouvoir la paix incombe aux communautés elles-mêmes. « Il ne s’agit pas de savoir si le gouvernement du Soudan du Sud apportera son aide, ni si le gouvernement du Soudan apportera son aide. Il s’agit pour eux de créer eux-mêmes un environnement propice à leur survie et à leur coexistence avec les communautés voisines. »