Assez ! Alingbi awe !

L’Est de la république Centrafricaine recouvre une part du pays zandé, partagé par la colonisation entre le Soudan (aujourd’hui Sud Soudan), la République Démocratique du Congo et la République Centrafricaine. Zone très éloignée du pouvoir central, elle est entrée depuis quelque temps dans le conflit qui déchire le pays. La situation s’est considérablement aggravée ces derniers mois, et les évêques de Bangassou viennent de prendre la parole pour inviter à laisser tomber les armes. Leur lettre a été lue et commentée dans toutes les églises du diocèse à l’occasion de la Pentecôte (NDLR).

Nous, les évêques de Bangassou, ainsi que toute la communauté catholique, sommes très préoccupés des violences qui touchent le Haut Mbomou.

Nous ne pouvons pas accepter que le Sud-Est de notre pays, la Centrafrique, soit le théâtre des violences de tout genre, une terre d’où l’on fuit, une terre de désolation.

Nous pleurons des dizaines de morts en ces dernières semaines.

Mais le Sud-Est pleure depuis des décennies, terre convoitée et exploitée par les Tongo-Tongo de l’LRA, d’abord, puis par la Seleka, et finalement par les Ani Kpi Gbe; ce dernier mouvement, né pour protéger la population des violences de l’UPC et d’autres hommes armés jadis, risque de devenir un danger pour la population même.

Ces dernières semaines nous pleurons les morts : les Forces de Sécurité Internes, ainsi que les civils. Civils abattus, blessés, torturés, égorgés en toute impunité.

Nous pleurons avec les milliers de civils qui ont dû fuir Zemio, Mboki, Djema, dont des dizaines de milliers vers le Congo.

Nous pleurons avec les villages bombardés, saccagés et brulés.

Il faut arrêter tout ça : ce n’est pas avec la violence que la violence va cesser. Au contraire ! La violence n’engendre que d’autres violences, la division et la misère, la haine, la méfiance et finalement, un cycle infernal de vengeance.

L’apôtre Jacques, dans sa lettre (4,1-3), annonce cette parole forte de Dieu :
« D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? N’est-ce pas justement de tous ces désirs qui mènent leur combat en vous-mêmes ?
Vous êtes pleins de convoitises et vous n’obtenez rien, alors vous tuez; vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre. Vous n’obtenez rien parce que vous ne demandez pas ;
vous demandez, mais vous ne recevez rien; en effet, vos demandes sont mauvaises, puisque c’est pour tout dépenser en plaisirs ! »

Nous demandons à toutes les parties impliquées : Azande Ani Kpi Gbe, FACA, Wagner, population, d’arrêter les violences et de se mettre au travail pour que cette région, éloignée et isolée, sans routes ni communications, puisse vivre en paix et devenir une terre où toute femme, tout homme, tout enfant, tout jeune, puissent regarder avec espoir la vie et le futur.

L’Eglise Catholique, qui pendant ces semaines a ouvert les portes de la Mission de Zemio, de Mboki et de Obo, est toujours prête et disponible pour accueillir ceux qui ont de la bonne volonté, autour d’une table de confrontation et de travailler pour la Paix, la Réconciliation et le Développement de la région.

Ce n’est pas l’heure de la guerre, mais du dialogue !

Ce n’est plus le temps des violences, mais de l’écoute !

Ce n’est pas le moment de laisser parler les soupçons, les rancunes, les accusations génériques, les jalousies mais d’écouter les pauvres qui crient et réclament la paix !

Prions et implorons la Paix. Mais soyons des femmes et des hommes de Paix, dans nos pensées, nos paroles, nos actions

La Paix soit avec vous !

Mgr Juan Josè Aguirre, Évêque de Bangassou et Mgr Aurelio Gazzera, Évêque coadjuteur de Bangassou
Diocèse de Bangassou, le 5 juin 2025

Téléchargez la Lettre du diocèse de Bangassou juin 2025 (PDF en français et en anglais)