Noël en Palestine

Cette année, l’illumination du sapin de Noël, près de l’église de Bethléem, qui marque le lieu où Jésus est né, fut une célébration religieuse et nationale. Cette fête populaire avait été annulée en raison des attaques israéliennes et des massacres en cours à Gaza. Des milliers de chrétiens et de musulmans se sont à nouveau rassemblés. Les gens semblaient déterminés à laisser une touche de joie renaître en eux, à exprimer une lueur d’espoir que la vie pouvait continuer. Il s’agit d’un acte de résistance, défiant le règne de la mort imposé à la Palestine par l’establishment politique, l’armée et les colons israéliens. Dans la paroisse catholique de la Sainte Famille à Gaza, cible de nombreuses attaques au cours des deux dernières années, le sapin de Noël a été décoré et illuminé, proclamant ainsi la résilience des chrétiens.

Le Christ est né en Palestine. Il y a deux mille ans, le pays était plongé dans les ténèbres de l’occupation romaine. Son père et sa mère cherchaient désespérément un abri. Marie a accouché dans des conditions similaires à celles de tant de femmes en Palestine aujourd’hui, exposées aux éléments. Et pourtant, il est né et est venu au monde. Sa naissance défie les pouvoirs en place qui pourraient tenter d’étouffer cette nouvelle vie. Il y a deux mille ans, ils ont compris que sa naissance menaçait leur hégémonie.

Que personne ne se laisse tromper par la joie. La Palestine est toujours sous le feu des attaques. La répression, l’occupation et les masacres se poursuivent. À Gaza, l’armée israélienne continue de bombarder et de tirer, tuant et détruisant des maisons. Le froid hivernal et les pluies abondantes laissent de nombreuses personnes sans protection, essayant de survivre dans la boue, sans le strict nécessaire. Le régime de mort et le siège étouffant se poursuivent malgré les déclarations creuses des pouvoirs en place. L’accès à la bande de Gaza est interdit, ce qui signifie que l’ampleur réelle de l’horreur qui s’y déroule est largement cachée aux yeux du monde.

En Cisjordanie, l’armée israélienne continue d’intensifier ses patrouilles dans les villes et les villages, assassinant des militants, arrêtant des dizaines de personnes chaque semaine, détruisant des maisons et des infrastructures. Les colons israéliens sèment la terreur dans les villages, les oliveraies et les champs des Palestiniens, blessant au hasard, tuant le bétail et brûlant les biens. Les postes de contrôle et les nouvelles barrières empêchent la libre circulation sur le territoire de la Cisjordanie. En cette période de Noël, les chrétiens, comme leurs compatriotes musulmans, ne peuvent pas rendre visite à leurs proches ni se rendre en pèlerinage sur les lieux saints.

À Jérusalem-Est, la police israélienne impose son contrôle à chaque coin de rue. Les gens vivent dans la crainte de ce qui pourrait se passer dans les rues. Dans la vieille ville de Jérusalem, microcosme où les lieux saints des juifs, des chrétiens et des musulmans se côtoient, les autorités israéliennes continuent d’essayer de rendre la ville aussi juive que possible, en marginalisant les Palestiniens, musulmans et chrétiens. Les colons juifs, encouragés à s’installer dans les quartiers palestiniens, sont protégés par des gardes armés et arpentent les rues, affichant fièrement leur suprématie sur les habitants locaux.

Sur le plan personnel, je viens de rentrer d’un séjour de quatre mois en Afrique du Sud. J’en suis revenu revigoré. Jusqu’au début des années 1990, l’Afrique du Sud était enfermée dans un système d’apartheid qui fermait tout horizon d’espoir à la grande majorité des Sud-Africains. En Palestine/Israël, nous pourrions tirer les leçons de l’expérience sud-africaine et comprendre que les choses ne doivent pas nécessairement être ainsi. L’expérience sud-africaine nous montre que les systèmes d’inégalité, d’injustice et de violence doivent et peuvent prendre fin.

Les auteurs chrétiens palestiniens du récent deuxième document Kairos Palestine s’écrient : « Du fond de notre douleur […] nous lançons ce cri, un cri prophétique de fermeté. Nous déclarons notre engagement à œuvrer pour le bien de cette terre et de toute l’humanité sur la base de notre humanité commune jusqu’au jour où nous vivrons libres sur notre terre avec tous ses habitants dans une paix et une réconciliation véritables fondées sur la justice et l’égalité pour toute la création de Dieu, où la miséricorde et la vérité se rencontrent, et où la justice et la paix s’embrassent (Psaume 85,10) ». (cf.)

* David Neuhaus, sj., prêtre catholique israélien né en Afrique du Sud qui vit en Palestine/Israël depuis plus de 45 ans. Il est membre de Justice et Paix Jérusalem, son opinion n’engage pas Justice et Paix France.
En novembre 2025, il a publié un livre intitulé « Conquest or Leaven: Reflections of a Catholic Priest in Palestine/Israel » (Conquête ou levain : réflexions d’un prêtre catholique en Palestine/Israël), disponible auprès du Jesuit Institute South Africa (https://www.jesuitinstitute.org.za/contact-us/)