La Commission française Justice et Paix
C’est en 1967, à la suite du Concile Vatican II, que le pape Paul VI décide la création de commissions Justice et Paix dans le monde entier
En France, Mgr Louis Vial, évêque de Nantes, réunit le premier groupe de ce qui va devenir la Commission française Justice et Paix. Celle-ci est officiellement créée le 25 novembre 1970 sous forme associative par Mgr Jacques Ménager, évêque de Meaux, son objet étant « de promouvoir et de réaliser dans des perspectives chrétiennes, toutes activités concernant, le développement, les droits de l’Homme, la justice, la paix, la sauvegarde de la création, spécialement dans les relations internationales, en lien avec les différents acteurs de la société civile. L’association est un lieu de pensée, de conseil, de proposition d’action et de coopération. Elle organise sur les thèmes qui sont de sa compétence, des groupes de travail, des colloques, des séminaires et elle publie le résultat de ses recherches et de ses travaux ».
Le 30 juin 1979, le cardinal Etchegaray confirme par lettre publiée par la Documentation Catholique, la mission de la commission et ses liens avec la Conférence des évêques de France. Cette mission est de nouveau réaffirmée le 8 mai 2018 par le cardinal Turkson, préfet du dicastère romain pour le service du Développement intégral.
Jusqu’à aujourd’hui, tous les présidents de Justice et Paix France étaient des évêques mais, lors de sa réforme, la Conférence des évêques de France a demandé à JPF d’assurer également une fonction d’observatoire auprès de la CEF et de modifier ses statuts afin que, désormais, l’évêque désigné n’en soit plus le président mais l’évêque référent.
Les statuts ont été modifiés et, le 3 décembre dernier, Sylvie Bukhari-de Pontual a été élue présidente de JPF, Mgr Jacques Blaquart devenant notre évêque référent.
Marc de Montalembert, JPF
Dans tous ses engagements : Défenseure des droits humains
Sylvie Bukhari-de Pontual,
présidente de Justice et Paix France
Pour cette date importante dans l’histoire de Justice et Paix France – la première élection d’un président ou d’une présidente à la tête de l’association -, pouvait-on imaginer meilleure candidate, tellement fidèle au « profil de poste » souhaité, que Sylvie Bukhari-de Pontual : son parcours professionnel et associatif conjugue, en effet, à tous les temps et en tous lieux ces deux mots de justice et de paix. Jusqu’à sa précédente responsabilité de présidente du CCFD-Terre Solidaire de 2016 à 2024.
Dans un entretien à La Croix, publié en 2019, elle expliquait comment sa famille, son enfance l’ont conduite à ces choix. « Je n’avais ni plan de carrière ni parcours prémédité », mais une sensibilité éveillée par des situations vécues durant sa jeunesse. Née d’une mère catholique et d’un père diplomate pakistanais musulman, elle vécut en URSS à l’époque communiste et y compris ce que pouvait représenter l’oppression politique ; elle rencontra les inégalités, aussi, quand en Roumanie, elle côtoya des enfants manquant de tout. Autre moment fondateur : un témoignage de Guy Aurenche, avocat responsable de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), devant sa classe de troisième : « j’ai découvert avec enthousiasme quelqu’un qui s’engage pour défendre la dignité des plus vulnérables ». Des études de droit privé et de droit international l’amènent à devenir avocate à la cour de Paris. À son tour, en 2002, elle devient présidente de l’ACAT et trois ans plus tard de la Fédération internationale, la FIACAT. Elle enseigne à l’Institut catholique de Paris, dont elle sera la doyenne de la Faculté des sciences sociales, d’économie et de droit.
Vient en 2016 son élection à la présidence du CCFD-Terre Solidaire, mouvement qu’elle juge prophétique car « il a expérimenté avant l’heure l’encyclique de François Laudato si’ » ; « l’Homme fait partie d’un tout. Une solidarité nous lie à la Création ». C’est « une ONG de la mise en liens », disait-elle dans un entretien paru dans la Lettre de Justice et Paix : liens entre ici et là-bas, liens entre communautés, entre partenaires avec qui le CCFD construit ses projets… Formée par l’exercice de la collégialité au sein du CCFD, Sylvie Bukhari-de Pontual souhaite, avec Justice et Paix France, promouvoir le travail collectif et tisser des liens avec des services et mouvements qui travaillent sur ces questions fondamentales.
La nouvelle présidente de Justice et Paix France connaît bien l’état du monde et ses drames, ses injustices politiques et économiques ; elle ne craint pas de les dénoncer et de lutter contre les prédateurs et les fauteurs de guerre. « Si je ne croyais pas à la force de la prière, j’aurais arrêté mes engagements depuis longtemps », confiait-elle à La Croix. Mais l’espérance est là : « on peut avoir l’impression d’être face au tonneau des danaïdes, mais si on envisage la situation à hauteur d’homme, cela change tout ». « Je vois comment des gens se lèvent, se transforment et transforment leurs environnements, c’est source d’émerveillement, d’espérance ».
Dominique Quinio, JPF

Justice et Paix 


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