L’Europe résistera-t-elle ?

L’Union européenne résistera-t-elle à la stratégie de la tension permanente (de l’attention permanente, aussi !) déployée par le président américain Donald Trump ? On pouvait croire, après les déclarations fracassantes de son vice-président à Munich en février dernier, prédisant l’effondrement de l’Europe, que ce serait pour l’Union un coup de fouet capable de réveiller sa fierté, la conscience de ses forces, de son histoire : une invitation à affronter ensemble l’adversité malgré des différences de plus en plus notables entre ses membres.

Il y eut l’Ukraine où le président américain pensait pouvoir amener Poutine à la paix, en se passant de l’avis des Européens pourtant particulièrement concernés par cette guerre menée par la Russie contre un État indépendant. Aujourd’hui, le Groenland est au cœur de l’affrontement entre alliés de longue date, au nom de la sécurité des États-Unis et de ses « amis », contre la Russie et la Chine. Un « accord » serait trouvé. Jusqu’au prochain soubresaut.

Celui qui revendique d’être à la tête de la plus grande puissance du monde est sûr que les Européens se rendront à ses raisons. Il aime ainsi brandir l’arme des droits de douane. Il sait aussi que le risque de voir l’Otan se fissurer et le parapluie protecteur américain se replier, inquiète les pays de l’Est de l’Europe, à juste titre anxieux des visées de Poutine. La menace économique pèse également : l’Europe, malgré ses forces – l’étendue de son marché, ses capacités d’innovation, ses talents scientifiques… – reste très dépendante des États-Unis, notamment sur le plan du numérique ou des équipements militaires.

L’enjeu, pourtant, dépasse les seules frontières du Groenland ou de l’Europe. Les instruments mis en place pour une meilleure organisation du monde, comme l’ONU, malgré leurs insuffisances ou leurs failles, les traités internationaux (sur le désarmement ou sur l’environnement), visent à juguler la loi du plus fort, militairement ou économiquement. Les règles de la démocratie dans de nombreux pays sont mises à mal, les droits humains ne semblent plus être vus comme universels. Ces valeurs ont construit le socle de l’Union européenne. Elle se doit de les défendre. Et de résister.