En vue des municipales : l’option préférentielle pour les pauvres n’est pas optionnelle !
Avant d’aller voter, revisiter la pensée sociale de l’Église n’est jamais inutile ! Si elle ne donne pas une recette magique pour élaborer un programme, intervenir dans un débat ou simplement choisir quel bulletin déposer dans l’urne, elle nous offre de précieux repères pour décider en chrétien – selon la toute nouvelle et belle signature du mouvement Eccleria (anciennement MCC). Un de ces repères est le principe de l’option préférentielle pour les pauvres dont le pape Léon XIV a donné une présentation riche et suggestive dans sa première exhortation apostolique Dilexi te (DT) (Je t’ai aimé) publiée le 4 octobre dernier, en la fête de Saint François d’Assise (un symbole éloquent).
Cette option n’a rien d’optionnelle pour les chrétiens car il en va du cœur même de la foi en un Dieu « qui est pris de compassion pour la pauvreté et la faiblesse de l’humanité entière et qui, voulant relever et inaugurer un Règne de justice, de fraternité et de solidarité, a particulièrement à cœur ceux qui sont discriminés et opprimés » (DT 16). Pour les chrétiens « les pauvres ne sont pas une catégorie sociologique mais la chair même du Christ » (DT 110). En conséquence « l’engagement en faveur des pauvres et pour l’élimination des causes sociales et structurelles de la pauvreté, bien qu’il ait pris de l’importance au cours des dernières décennies, reste toujours insuffisant » (DT 9). Il s’agit de prendre en considération de multiples visages de la pauvreté : pauvreté matérielle, marginalisation, invisibilisation, droits bafoués, pauvreté culturelle, etc. (cf. DT 9).
Deux aspects de l’option préférentielle pour les pauvres sont particulièrement mis en valeur dans l’exhortation et doivent nous interpeller. S’engager en faveur des plus pauvres ou plus précarisés requiert d’affronter les causes structurelles de la pauvreté au-delà des nécessaires actions d’assistance et d’aide personnelle. Léon XIV souligne que « les pauvres ne sont pas là par hasard ni en raison d’un destin aveugle et amer. La pauvreté n’est pas non plus, pour la plupart d’entre eux, un choix. Certains osent pourtant encore l’affirmer, faisant preuve d’aveuglement et de cruauté » (DT 14). Par ailleurs, ce ne sont pas les forces invisibles du marché qui feront disparaître la pauvreté mais bien au contraire la mise en place (ou la défense) de mécanismes qui promeuvent le bien commun, respectent la dignité de tous sans exception (cf. DT 92) ou encore contribuent au soin de notre maison commune (cf. DT 96).
S’engager en faveur des pauvres c’est aussi reconnaître et promouvoir leur voix et leur capacité d’agir. Ils sont « des sujets capables de créer leur propre culture, plutôt que des objets de bienfaisance » (DT 100). Dans Fratelli tutti, le pape François invitait à dépasser « cette idée de politiques sociales conçues comme une politique vers les pauvres, mais jamais avec les pauvres, jamais des pauvres » (Fratelli tutti [2020], 169).
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Le dernier rapport annuel du Secours Catholique – Caritas France sur l’état de la pauvreté en France (novembre 2025) nous donne des repères bien concrets pour placer cette option préférentielle pour les pauvres au cœur de nos discernements pour les municipales à venir. Il rappelle que l’INSEE constate un sommet atteint par le taux de pauvreté depuis 30 ans (15,4 % de la population en 2023, + 650 000 personnes en un an, hausse inédite depuis 30 ans). En s’appuyant sur sa connaissance de plus d’un million de personnes soutenues par l’association, le rapport rappelle aussi qu’on ne choisit pas de vivre dans la grande pauvreté et que la pauvreté n’est pas une fatalité. Face à la recrudescence des discours stigmatisants, « il est urgent que la parole et l’action publiques entendent l’attente de respect formulée par tant de personnes en galère, qui résonne comme un cri : ‘si on a du respect, on n’a pas de jugement sur les gens, on est bienveillant’ » (Rapport annuel, p. 16).
Pour le Secours Catholique, « les élections municipales de mars 2026 sont l’occasion de rejoindre les personnes en précarité du territoire, à partir de l’écoute de leurs besoins et de leurs propositions. L’analyse des besoins sociaux à laquelle est tenue chaque commune en début de mandat est une occasion pour ce faire et pour anticiper les nouvelles vulnérabilités liées aux dérèglements du climat et de l’environnement ». C’est l’occasion de pousser « les villes à s’engager pour l’accueil des personnes en situation de grande exclusion, en repérant leurs besoins, en développant des modes d’accueil, d’aller-vers et d’accompagnement adaptés (maraudes, accueils de jour…) et en leur garantissant l’accès inconditionnel aux biens et services essentiels : eau potable, douches, sanitaires, alimentation… La commune est un acteur pertinent pour soutenir des projets favorisant l’accès de tous à une alimentation saine et durable, et pour lever des barrières à l’accès aux droits, en assumant pleinement le rôle des CCAS en matière de domiciliation, en repérant les situations de non-recours, voire en rejoignant l’expérimentation ‘territoires zéro non-recours’ » (Rapport annuel, p. 17).
Dans notre discernement pour les élections municipales, l’option préférentielle pour les pauvres n’est pas optionnelle.

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