Le deuil du Liban
J’appartiens à une génération marquée par la guerre. Depuis mon enfance, le Liban s’est résumé à des mots de condoléances. Rares instants de répit, puis cette impression que la douleur revient plus violemment laissant la certitude que ce pays est condamné à voir son destin constamment lui échapper.
Énième théâtre de mort, de déplacement massif d’une population cherchant refuge, de villages au sud Liban rasés, de bombardements et de destructions de ponts et d’infrastructures, d’occupation de son territoire, de contrôle de l’espace aérien : à quoi bon communiquer sur des chiffres accablants, voués à croître de manière exponentielle ?
Où fuir ? Les frappes israéliennes touchent Beyrouth et ses quartiers : il n’y a plus de refuge, seulement la peur de pertes toujours plus lourdes. La crainte d’un « deuxième Gaza » promis par le gouvernement israélien est tangible. Sous l’objectif affiché de désarmer le Hezbollah, Israël détruit le pays, frappant au-delà de toute mesure et dans une brutalité assumée.
Cette guerre nous dépasse et nous écrase. Israël, soutenu par les États-Unis, affronte l’Iran dans une escalade qui menace toute la région et l’économie mondiale. Et, au milieu, le Liban, terrain d’affrontement, victime collatérale tristement banale.
Il faut condamner fermement les deux côtés : le Hezbollah, pour avoir fait le choix de l’Iran plutôt que du Liban, et Israël, pour prendre ce prétexte afin de ravager un pays entier et frapper sans retenue.
On ne rappellera jamais assez qu’aucune hégémonie militaire ne peut garantir la paix ni la justice.
Vers qui se tourner pour obtenir un cessez-le-feu et pour reconstruire ? Peut-on faire de nouveau confiance au droit international et au droit humanitaire quand la force seule prime ? La communauté chiite saura-t-elle faire le choix d’un Liban meurtri par des crises successives et qui craint des tensions interconfessionnelles, voire une possible guerre civile ou une scission ?
Il faut regarder la réalité en face, agir par des moyens civils et diplomatiques, protéger les populations et saisir toute opportunité pour imposer un cessez-le-feu. Le choix doit être clair : soutenir l’État libanais seul et refuser que le pays soit entraîné dans des conflits qui ne sont pas les siens.
Illustration : Beyrouth bombardé © sadikgulek

Beyrouth bombardé © sadikgulek
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