Au Mozambique : violation des droits humains et dégats sur l’environnement
Le 29 janvier 2026, le gouvernement du Mozambique et TotalEnergies ont annoncé la relance du projet de gaz naturel liquéfié Mozambique LNG dans la province du Cabo Delgado, située dans le nord-est du pays [1]. Ce projet, essentiellement destiné à l’exportation, avait été suspendu en 2021 après une attaque djihadiste meurtrière. La multinationale, qui nie en avoir eu connaissance, avait délibérément ignoré les alertes de sa filiale locale, Mozambique LNG. Des massacres de civils (97 tués, dont 26 disparus, et entre 80 et 150 victimes supplémentaires non identifiées) ont ainsi été commis par les soldats chargés de la sécurité de son site d’exploitation et appartenant à la Joint Task Force (JTF), une alliance de forces armées mozambicaines. Or l’entreprise française était parfaitement au courant des exactions commises : elle a d’ailleurs continué à rémunérer pendant deux ans certains soldats impliqués.
En décembre 2025, ces violences ont amené les gouvernements britannique et néerlandais à retirer leur soutien financier au projet gazier, représentant environ 10 % du financement externe, en invoquant les risques pour la sécurité et les droits humains. En remplacement, TotalEnergies et ses partenaires ont décidé d’apporter des fonds propres supplémentaires.
Les associations Amis de la Terre et Reclaim Finance ont appelé, sans succès jusqu’à maintenant, les banques françaises Société Générale et Crédit Agricole à se désolidariser du financement de la construction des méthaniers nécessaires au développement du projet gazier. BNP Paribas et le Crédit Mutuel se sont en revanche engagés à ne pas le financer.
Ces violences ont entraîné l’ouverture de procédures judiciaires contre TotalEnergies à l’initiative de plusieurs ONG qui ont voulu mettre en lumière les atteintes aux droits fondamentaux des populations locales et les dégâts environnementaux sur la nature.
Rappelons que, sur plainte des Amis de la Terre, Greenpeace et Notre affaire à tous (et soutenue par ClientEarth) contre la campagne lancée par TotalEnergies pour verdir son image, la multinationale a déjà été condamnée le 23 octobre 2025 pour « green-washing », précisément pour « pratiques commerciales trompeuses ». Contrairement aux assertions de la multinationale qui diffusait des « messages reposant sur les allégations portant sur [son] “ambition d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050” et revendiquait “d’être un acteur majeur de la transition énergétique” de nature à induire en erreur le consommateur sur la portée des engagements environnementaux du Groupe », force est de constater qu’en 2024, les énergies fossiles représentaient près de 80 % de ses investissements et plus de 97 % de sa production énergétique globale.
Comme le souligne l’ONG Justiça Ambiental ! (JA !) soutenue par le CCFD-Terre Solidaire [2], conclu par des proches des élites au pouvoir, sans réelle concertation avec la population locale, ce projet gazier de TotalEnergies a entraîné l’accaparement de terres, sans proposer de compensations justes ou d’emplois à une population vivant pour la majorité en dessous du seuil de pauvreté, et causé déjà des dégâts sur l’environnement. Il est donc urgent de prendre conscience de l’impact des projets de production de gaz au nord du Mozambique, de dénoncer ceux-ci et d’y mettre fin en raison des graves conséquences sur les droits humains et l’environnement.
Dans la province de Cabo Delgado, population en danger
© CCFD-Terre Solidaire
[1] Une autre grande entreprise française, EDF, est également engagée dans un projet de méga-barrage hydroélectrique sur le fleuve Zambèze qui présente de graves risques sociaux, environnementaux et en matière de droits humains : cf. Rapport du CCFD-Terre Solidaire, de Justiça Ambiental (JA !) – Les Amis de la Terre Mozambique et du Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits humains (ECCHR), « Sans notre terre et notre fleuve, nous mourrons de faim », octobre 2025, https://ccfd-terresolidaire.org/wp-content/uploads/2025/10/ccfd-terresolidaire.org-ccfd-terre-solidaire-rapport-extractivisme-mozambique-fr-web.pdf
[2] https://ccfd-terresolidaire.org/au-mozambique-la-presence-de-total-a-mis-les-gens-en-danger/ et https://ccfd-terresolidaire.org/au-mozambique-lutter-7163/





