Éthique sociale en Église n°94 juillet 2026

1 –Des relations internationales chaotiques
Dès qu’il est question de relations entre les États, certains prennent l’air de ceux à qui on ne la fait pas pour affirmer de manière péremptoire : les États n’ont que des intérêts ! On peut répondre : « un peu court cher monsieur ! ». Qu’entend-on par intérêts ? Il peut s’agir d’avantages immédiats en termes d’économie, de puissance… Mais qu’en est-il à moyen ou long terme ? On peut objecter que travailler à une paix juste, qui prend aussi en compte le bien des autres peuples, sert mieux les intérêts de son propre pays que la quête effrénée de petits profits à court terme. L’histoire nous apprend que la croyance en un marché qui accorderait, comme par magie, l’équilibre entre les différents intérêts se révèle trompeuse.

Les chantres de la puissance à tout va devraient intégrer à leurs analyses la situation d’États qui affichent une prétention impériale mais qui se heurtent à de solides résistances, pensons à la Russie en Ukraine, aux USA en Iran… Notons aussi que le déploiement de la force militaire, qui multiplie les ruines et les victimes civiles, entretient un climat de violence qui se transmet de générations en générations. Comment un enfant qui voit son environnement détruit et ses proches massacrés ne serait-il pas tenté de prendre à son tour la voie d’une action ravageuse ? Les puissants qui misent sur des soumissions passives font un calcul à courte vue et se condamnent à une spirale infernale : à semer la mort on récolte la mort. La volonté de s’imposer en dominant devient infernale : elle suscite des réactions de résistance qui obligent à multiplier les moyens consacrés à l’usage de la force. Alors, osons miser sur la capacité des peuples à s’accorder, sur la force d’une paix juste et durable. Il serait dommage que les tensions actuelles nous interdisent des projets humanisants.

2 – Une mondialisation en attente d’un bien commun
Un paradoxe de notre monde : les capitaux et les marchandises circulent de plus en plus, même si des freins sont mis à la circulation des personnes, mais nous sommes tentés par le repli sur les seuls intérêts particuliers, en cultivant la méfiance et les brutaux rapports de force. On continue de penser chaque pays comme devant être autosuffisant, bien calé derrière ses frontières. Pourtant nous voyons que des lointains blocages dans la circulation des bateaux ont un impact sur notre vie quotidienne. Si nous souhaitons un monde ouvert, menons des politiques qui s’accordent avec un tel projet ! Pour cela, apprenons à penser autrement.

L’enseignement social de l’Église, bénéficiant d’une histoire déjà longue, met fortement l’accent sur le bien commun. Il y a les biens particuliers des individus, des familles, des nations, mais il serait naïf de se fier à un marché magique censé équilibrer l’ensemble. Il nous faut donc travailler à construire ensemble un bien commun qui comprend le bien des différents membres sur la base de l’équité, de la justice, de la solidarité. Chacun doit pouvoir être reconnu et disposer d’une place convenable au sein de la vie commune. Comment vérifier que ce projet est en bonne voie ? Allons voir la situation effective des plus fragiles, en notre pays mais aussi à l’échelle du monde ! Aujourd’hui, notre incapacité à penser et à organiser un bien commun conduit à des affrontements qui affectent la qualité de vie des personnes, à commencer par celle des plus fragiles, mais aussi de la société comme telle. L’autre est alors vu comme un concurrent, puis rapidement comme un ennemi. Que disons-nous ainsi de nous-mêmes comme humains ? Quel avenir préparons-nous ?

Heureusement, la société civile montre de nombreux signes de confiance mutuelle, d’entr’aide au quotidien, de solidarités tant au plus proche qu’à l’échelle internationale. Il existe des trésors de générosité active et responsable qui honorent le projet de fraternité mentionné sur nos monuments publics. Pourquoi la politique ne cultive-t-elle pas à leur juste mesure ces capacités populaires au lieu chercher à séduire différents publics particuliers. Nous sommes capables de vouloir et de construire le bien commun. Ne nous laissons pas réduire à des individus en quête exclusive de leurs avantages spécifiques. Nous avons goût à la rencontre de l’autre, nous aimons contribuer au bien d’autrui, nous voulons faire fleurir la fraternité. Il s’agit dans tous les cas de contribuer à un « bien » qui ne se réduit pas à quelques avantages individuels : c’est un choix de vie qui engage vraiment.

3 – Pour une paix désarmée
L’expression est du pape Léon, pourquoi un tel qualificatif ? Il n’est pas juste de considérer la paix comme le résultat d’un équilibre de la terreur. Les puissances qui disposent de la force, par exemple d’armes nucléaires, prétendent imposer leurs vues au détriment de nations plus faibles. Cependant, une paix stable et durable repose d’abord sur le respect des règles internationales, on sait bien que ceux qui s’estiment forts cherchent à s’en affranchir. Mais surtout il importe de promouvoir des relations de confiance, avec la volonté de contribuer à un bien commun mondial, ce qui suppose de soutenir les membres les plus fragiles pour faire face aux difficultés et promouvoir un développement authentique. Une paix désarmée apparait donc comme le chemin d’un avenir pour notre monde toujours menacé d’autodestruction. Certains vont ricaner, ne voyant là que rêveries indignes de personnes adultes. Commençons par regarder en face les cauchemars produits par les violences de toutes sortes. Quelle situation désirons-nous transmettre aux enfants d’aujourd’hui ? La fascination à l’égard de la puissance destructrice et des œuvres de mort est toujours en embuscade, apprenons plutôt à devenir vraiment adultes, c’est-à-dire responsables de l’avenir de la vie sur notre terre commune.

4 – Sans oublier la canicule…
Aucun d’entre nous ne peut décider du temps qu’il fera demain. Et pourtant avec les séquences caniculaires il est nécessaire d’anticiper et de s’adapter. Le changement climatique était prévisible, les scientifiques nous avaient avertis. Mais nous avions toujours d’autres besoins à satisfaire, de pseudo urgences à honorer… Il faut interroger notre rapport à la temporalité et à la responsabilité. Prisonniers du court terme, séduits par les délices de la consommation, nous consentons collectivement à une dégradation de notre environnement. On mésestime trop souvent le coût humain mais aussi financier d’une telle incurie. D’apparents bénéfices à court terme se paient cher par la suite. Dans les débats politiques actuels et à venir, marqués trop souvent par des postures et des slogans, nous aurons à poser cette question décisive. Quel monde préparons-nous ? Est-ce une amplification des violences associée à une dégradation de notre planète ? Osons travailler à un monde pacifique, ouvert à l’avenir et fervent serviteur d’une vie toujours fragile ! Nous en sommes capables, « dans une tension vers l’unité qui ne saurait être identifiée qu’à l’Ouvert », selon François CHENG.

Quand nous sommes tentés par le fatalisme, résistons et choisissons une vie bonne pour tous.

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