Il y a les violences qui sont projetées, ad nauseam, sur nos écrans. Si elles sont révoltantes surtout pour ceux qui en sont victimes, elles ne doivent pas en masquer d’autres, plus profondes. La violence sourde des fins de mois quand on compte non en euros mais en centimes; l’angoisse des fins de droits, l’absence de chauffage, la faim. Il y a l’isolement rural, social, la honte de ne pouvoir rien offrir à ses enfants. Ou encore la maltraitance institutionnelle, la discrimination à l’embauche, la boîte noire de Parcoursup. Ces violences froides, structurelles, non seulement blessent nombre de nos enfants mais les humilient au quotidien tant nos autorités leur crachent à la figure que ceux qui travaillent réussissent. Si nos jeunes nous dérangent c’est moins par leurs excès que parce que leur révolte donne à voir les faux-semblants dans lesquels nous nous complaisons : notre hypocrisie environnementale, notre injustice fiscale, nos pieux discours sur l’égalité des chances, sur l’État de droit. Au fond, à lire les pancartes des jeunes manifestants, on comprend qu’ils ne sont plus dupes. Ils refusent de vivre dans notre mensonge et nous rappellent qu’il ne peut y avoir de paix sans justice !
« Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde » écrivait Aimé Césaire. Sur les ruines de notre contrat social, il est grand temps de mettre un genou à terre et non seulement d’écouter mais de se préparer à partager équitablement les fardeaux à venir.
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