Éthique sociale en Église n°75 décembre 2024

1 – Une politique en vrac
Il ne s’agit pas distribuer les bons ou mauvais points, laissons ce jugement aux acteurs directs et aux commentateurs avisés. La situation actuelle est due à la faiblesse des débats politiques, depuis déjà de nombreuses années. En l’absence de programmes à moyen et long terme, on a au mieux des catalogues de mesures disparates et plus souvent encore des jeux de posture tactique, avec des propos violents qui disqualifient la parole politique. Il ne s’agit pas d’accabler les personnes investies, elles montrent souvent une bonne volonté, mais l’état actuel du système fait qu’elles n’ont guère la possibilité de déployer leurs capacités. Alors, mobilisons notre engagement citoyen pour rappeler aux élus leur mission de service du bien commun, ce qui suppose de leur part un vrai sens des responsabilités. Pour notre part contribuons à l’élaboration d’une parole politique digne de ce nom en précisant les perspectives d’une vie commune juste et fraternelle. Une modeste contribution sera jointe à la prochaine livraison de DIÈSE, le fuit d’un travail en atelier à propos des droits humains.

2 – Réouverture de Notre-Dame de Paris
Après la catastrophe de l’incendie, nous pouvons nous réjouir de la qualité et de la rapidité de la restauration. Un travail fantastique dû à une remarquable mobilisation financière et surtout qui a mis en lumière des compétences multiples, ainsi que des capacités d’organisation permettant de tenir un planning serré. Les contributions professionnelles et monétaires ont montré l’attachement fort à ce monument affecté au culte catholique. De nombreux témoignages évoquent le fait qu’une telle implication ouvre des perspectives permettant de donner sens au quotidien habituel. La mise en œuvre de riches compétences et la volonté d’un vrai travail en commun ont permis aux acteurs de vivre des expériences spécifiques, sans doute fort variées et propres à la conscience de chacun(e) ; une certaine pudeur à ce propos est bienvenue, même s’il est bon de partager ce que l’on vit intensément…

Mais il y a toujours une polémique en embuscade ! Alors, faudra-t-il payer pour entrer à Notre-Dame ? Au vu des foules attendues, les calculettes prennent un coup de chaud, en raison de perspectives plus ou moins mercantiles. On sort alors un critère qui paraît imparable avec l’opposition entre culte et culture : tu viens pour prier, c’est gratuit ; tu viens pour admirer, tu payes ! C’est net et bien tranché, au risque d’oublier la richesse (et donc la complexité) de nos démarches humaines ; un exemple, pour apprécier des vitraux ou des sculptures il n’est pas inutile de connaître quelque peu l‘héritage chrétien.

Je propose d’introduire un troisième terme plus fluide : la dimension spirituelle. Pour les personnes qui se réfèrent à la foi chrétienne, l’ambiance générale dans la cathédrale, mais aussi les décors et l’orgue, peuvent être des atouts précieux. Pour celles qui se situent comme agnostiques ou proches d’une autre religion, un tel édifice peut soutenir une expérience susceptible d’éclairer et même d’orienter leur propre existence. J’ose dire que des lieux de ce type rendent un service au public, en permettant à des visiteurs cultuels et/ou culturels de se poser, de mieux se situer dans leur vie.

Une entrée libre induit que la personne qui arrive peut se sentir chez elle en ce lieu (ce qui explique l‘attachement d’un grand nombre – de convictions diverses – à Notre-Dame), tandis que la médiation d’un ticket payant semble correspondre au droit de passer la porte d’un étranger. Il est bon que chacun puisse venir se poser sans qu’on lui demande des comptes.

3 – Parlons démographie
+ Il y a peu, le nombre de naissances dans le monde était vu comme un péril ; cette peur redoublait même en raison des défis écologiques : comment la terre pourrait-elle nourrir autant de bouches ? Aujourd’hui, l’inquiétude se déporte vers la baisse de la natalité. Un continent comme l’Europe entrevoit le vieillissement et la diminution de sa population ; un grand pays comme la Chine se trouve déjà en recul démographique ; certes, quelques pays, notamment en Afrique, continuent d’être en expansion. Un premier étonnement : la question démographique demeure largement absente des débats concernant les migrations, alors que des pays dits développés devront bien accueillir des personnes venant de l’étranger pour assurer les services de la vie quotidienne. Le propos n’est pas d’offrir une vision exhaustive sur l’ensemble de ces problèmes. Il s’agit, plus modestement, d’interroger la manière souvent étroite dont ces questions se trouvent actuellement posées.

+ Le vocabulaire concernant la démographie parle plus généralement en termes de flux et de stocks, comme s’il s’agissait de matières premières tirées du sol. Ou alors on s’en tient à une approche strictement économique à partir du modèle avantages/coûts : même si on n’ose pas trop parler du « prix » d’un bébé ou d’un vieillard, le regard mercantile n’est jamais loin. Or, il s’agit de donner la vie, de l’accueillir et de la servir à tout âge. Ce n’est pas abstrait, il s’agit bien de l’existence d’êtres humains tout à fait concrets ! Ils ont des besoins, certes, mais aussi et surtout des désirs : le goût de vivre des relations riches, sous le signe d’un amour partagé. Aussi, en ce domaine, l’approche symbolique semble bien plus pertinente que les simples analyses en termes de marchés (coût de l’école et des maisons de retraites…).

Il nous faut sortir d’un piège à deux faces sous le mode d’injonctions : pour les uns, nécessité de faire des enfants ; pour d’autres, la fécondité constitue une menace. Il y a d’abord un enjeu de confiance en la vie, osons dire de « foi », c’est-à-dire d’une espérance qui déborde toute approche réduite à de simples calculs. Une foi qui ouvre la voie à l’émerveillement d’accueillir une personne nouvelle, à nulle autre pareille, qui va apporter une note originale dans le concert de notre vie commune. Une telle perspective a aussi une dimension politique : portons-nous ensemble le désir d’une heureuse vie commune, au point de désirer la partager, en nous réjouissant d’accueillir de nouveaux convives à notre table ?

4 – Noël sous le signe de paix, notamment pour les enfants
Il est bon de nous réjouir en préparant le fête de Noël et de voir des étoiles dans les yeux des enfants. Mais nous ne pouvons oublier les enfants qui souffrent et qui meurent, en raison des armes, des famines provoquées, des maladies non soignées… en Ukraine, au Moyen Orient, en Afrique… Nous ne pouvons oublier les pleurs des enfants, la détresse de parents démunis face à ces drames. Nous savons aussi que dans les pays riches, à commencer par le nôtre, des enfants vivent dans l’extrême pauvreté, sont soumis à des violences…

Alors, y compris dans une période de fêtes, n’oublions pas de travailler à la justice et à la paix, de promouvoir les droits humains : il y a de quoi inspirer des programmes politiques !

 

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