Éthique sociale en Église n°83 août 2025
1 – Éloge de la conscience
Comment ne pas rester ligoté par des opinions qui se présentent comme des évidences ? Comment ne pas être animé seulement par ses propres réactions sous le coup de l’émotion, par l’attirance ou la répulsion à l’égard de tel ou tel personnage ?
Nous sommes capables de réfléchir, de raisonner : il est bon de continuer à cultiver une telle capacité, en restant vigilant à l’égard des idées à la mode, en demeurant sensible à tout ce qui attente à la vie et notamment à la dignité humaine. La conscience nous engage personnellement dans nos manières de penser et d’agir. Nous mettons en œuvre notre propre dignité en devenant de mieux en mieux acteurs de ce qui honore notre commune humanité. Mais une saine tradition nous rappelle que notre conscience mérite d’être formée de manière continue, sinon nous risquons de rester prisonniers d’intérêts particuliers, d’opinons toutes faites liées à notre environnement culturel et social. Il est donc utile de questionner nos réactions immédiates, d’adhésion ou de refus. Puis de se donner les moyens de réfléchir par des lectures, des réflexions en groupe, des temps de pause. En déployant les capacités de notre conscience personnelle nous manifestons notre propre dignité, ce qui appelle à porter un regard affuté sur l’actualité, de manière critique mais surtout positive : il y a tant de compétences humaines qui demeurent en friches !
2 – Échos à l’actualité… Des situations qui sollicitent notre conscience !
+ En Israël, des personnalités et des groupes mettent en cause l’action militaire menée par leur gouvernement à Gaza et en Cisjordanie, parlant même de génocide. Pour faire bloc face à l’adversité on en vient à renier des valeurs fondamentales qui fondent notre commune humanité. Dans les conflits actuels, la mise en cause de règles du droit international constitue un recul inquiétant, elles ont été établies comme une prévention, après les horreurs de la 2ème guerre mondiale. Le seul usage de la force ne prépare pas à un avenir basé sur une coexistence pacifique. Comment garder raison quand on ne jure que par la puissance destructrice ?
+ Au Japon, chaque mois d’août, il est fait mémoire des ravages provoqués par l’usage des bombes atomiques. Il importe d’en garder le souvenir, comme une mise en garde. Des historiens rappellent qu’il y eut dans le monde des commentaires admiratifs concernant la puissance de ces nouvelles armes. Le jugement humain risque de se pervertir, fasciné par le déploiement de la force, même lorsqu’elle sème la mort et la désolation. Quant à la dissuasion nucléaire, rien ne prouve qu’elle limite les guerres ; rappelons-nous que des pays qui possèdent ce type d’arme (Russie, Israël) sont acteurs de conflits particulièrement meurtriers.
+ Il y a aussi de nombreux foyers de conflits en Afrique dont on parle peu, ça paraît loin ! En contraste, on nous abreuve en continu des frasques et des messages à tout propos de celui qui dirige le pays le plus puissant du monde, tombant ainsi dans le piège qu’il nous tend. Notons que les médias n’ont guère évoqué le massacre, par un groupe islamiste, d’une quarantaine de personnes dont des enfants, dans une église en RDC.
+ De manière plus légère – quoique ! – il semble que des commerçants et des institutions diverses précisent que les enfants ne sont pas admis en ces lieux publics. Deux remarques à ce propos. Un risque de confusion entre enfant et animal de compagnie : jusqu’à maintenant une telle mise en garde concernait les chiens ! Dans le même temps, on s’inquiète de la baisse de la natalité, en France les décès deviennent plus nombreux que les naissances. Quand l’enfant est d’abord vu comme un gêneur on devient peu enclin à se réjouir de l’arrivée d’une nouvelle vie humaine dans notre monde ! Une précision encore : cette exclusion des enfants a été présenté comme un fait brut, une info générale, et non comme un enjeu de civilisation. Les vieux – et bien d’autres – peuvent commencer à s’inquiéter, ils risquent d’être les prochains sur la liste des « non admis » !
+ À propos du langage courant : ressources humaines, une expression habituelle et pourtant bien ambiguë. Johann CHAPOUTOT y voit une confusion des registres : une ressource est une entité matérielle appelée à la combustion, à la transformation. Or un être humain n’est pas une simple biomasse dans laquelle on va puiser. (Sciences humaines juin 2025, p. 10). Ce peut être un bon sujet de discussion pour la prochaine rentrée…
+ D’une manière générale, nous risquons de rester centrés sur le court terme. Diverses décisions dans notre pays mettent à mal les enjeux écologiques qui, nous le savons, ont des conséquences à moyen et long terme. On pleure sur les méfaits liés au changement climatique, mais on continue de polluer. Quand nos dirigeants oublient leurs responsabilités, il est bon de les rappeler à l’ordre !
3 – Un conseil de lecture
Justice et Paix France, La dette, encore et toujours ? Éditions du Cerf, Justice et Paix, 2025.
Un ouvrage qui traite des dettes contractées par les pays les moins avancés et de leurs difficultés à assumer la charge des intérêts et le remboursement du capital. Cette publication est le fruit d’un travail au long cours mené dans le cadre de Justice et Paix France,
Les auteurs maîtrisent bien leur sujet. Ils l’inscrivent de manière précise dans l’histoire, mettant en lumière des évolutions et surtout la permanence de problèmes majeurs portés par les populations fragiles, avec ce que cela induit comme souffrances pour les plus pauvres. L’ouvrage présente les mécanismes financiers et les évalue d’un point de vue éthique. Le remboursement des dettes appartient à la justice éthique, mais le contrat peut devenir un instrument d’injustice et même de violence. Une telle dette apparaît odieuse quand les emprunts visent à satisfaire des intérêts contraires à ceux de la population : corruption, investissements de prestige, détournements privés. En ce cas, les créanciers deviennent les complices d’un endettement injuste et immoral. La doctrine sociale de l’Église catholique dénonce l’idolâtrie de l’argent et la dictature d’une économie sans visage qui en vient à nier la dignité humaine ; positivement, l’encyclique Fratelli tutti appelle à une paix durable basée sur une éthique de solidarité et de coopération au sein de la famille humaine.
4 – Un atelier du Centre théologique : La laïcité hier et aujourd’hui (animation A. Talbot)
La loi de séparation des Églises et de l’État a 120 ans, elle a établi la laïcité comme un principe central au service de la vie commune. Mais les mises en œuvre concrètes continuent de faire débat. Le travail en atelier, qui comprend une participation active des membres du groupe, prendra en compte l’histoire et les questions qui affleurent aujourd’hui. On s’intéressera donc aux principes fondateurs de la laïcité, mais aussi aux manières de les mettre en pratique dans la vie concrète.
1ère rencontre : mardi 2 septembre de 15h à 16h30, maison St-Hilaire de Poitiers