Le défi d’un ordre international fondé sur la paix : reconstruire le droit international et le multilatéralisme
Dans un monde secoué par les conflits armés, la rivalité des grandes puissances et la montée des nationalismes, l’idée d’un ordre international fondé sur la paix semble plus fragile que jamais. Pourtant, le droit international et le multilatéralisme demeurent les piliers essentiels pour éviter que les relations entre États ne basculent dans la loi du plus fort.
Le droit international public repose sur un principe fondamental : la souveraineté des États, combinée à des règles communes destinées à garantir la coexistence pacifique. Charte des Nations Unies, conventions internationales, juridictions internationales : l’architecture juridique mondiale a été conçue pour prévenir les conflits, protéger les droits humains et favoriser la coopération. Mais cette architecture est aujourd’hui mise à l’épreuve. Lorsque certains États violent les règles, contestent les décisions des tribunaux internationaux ou instrumentalisent le droit à des fins politiques, c’est l’ensemble du système qui vacille.
Le constat est brutal : « Aujourd’hui, l’usage de la force prévaut sur le droit », la guerre prend le pas sur la paix, souligne le 17 janvier 2026 le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Saint-Siège, dénonçant un monde où la guerre et la volonté de puissance remplacent la justice et la coopération. « La fragilité des équilibres mondiaux, l’intensification des tensions même dans des situations qui semblaient apaisées, l’augmentation des différents types de crimes internationaux, l’élargissement du fossé entre les niveaux de développement des peuples et des pays » en sont la conséquence. La sécurité nécessite une approche plus large, allant de l’alimentation, l’éducation et la santé à la religion, « qui doit être garantie face à la violence » de ceux qui relèguent le transcendant à une dimension privée. Avec la remise en question de principes « tels que l’autodétermination des peuples, la souveraineté territoriale, les règles qui régissent la guerre elle-même. On assiste en fait à la relativisation de tout l’appareil construit par le droit international dans des domaines tels que le désarmement, la coopération au développement, le respect des droits fondamentaux, la propriété intellectuelle, les échanges et les transits commerciaux ».
Le multilatéralisme, c’est-à-dire la coopération entre plusieurs États au sein d’organisations internationales, constitue l’autre pilier de cet ordre mondial. Des institutions comme l’ONU, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) incarnent l’idée que les défis globaux doivent être traités collectivement. Toutefois, le multilatéralisme traverse une crise profonde. Paralysie du Conseil de sécurité, retrait de certains États (en particulier les États-Unis) d’accords internationaux, fragmentation des alliances : la coopération mondiale peine à s’imposer face aux logiques unilatérales de puissance.
Pourtant, l’urgence d’un multilatéralisme renouvelé n’a jamais été aussi grande. Crises climatiques, pandémies, famine et malnutrition/surnutrition, migrations, cybermenaces : aucun État, aussi puissant soit-il, ne peut affronter seul ces défis. Renforcer la légitimité des institutions internationales, réformer leur gouvernance et garantir une représentation plus équitable des États du Sud sont des étapes indispensables pour restaurer la confiance dans le système multilatéral.
Le respect du droit international et la revitalisation du multilatéralisme ne relèvent pas seulement de l’idéalisme juridique. Ils sont une nécessité stratégique pour garantir la stabilité mondiale. Sans règles communes ni mécanismes de coopération, les tensions géopolitiques risquent de s’intensifier, ouvrant la voie à une multiplication des conflits et à une instabilité durable.
Le défi est donc clair : reconstruire un ordre international fondé sur la paix, où les normes juridiques sont respectées par tous et où la coopération multilatérale redevient la règle plutôt que l’exception. La réforme des institutions internationales, notamment de l’ONU, apparaît indispensable pour les rendre plus inclusives et représentatives, en particulier pour les pays du Sud. Le multilatéralisme ne peut plus se limiter à un concert des grandes puissances ; il doit intégrer de nouveaux acteurs, États émergents, organisations de la société civile, entreprises transnationales et collectivités locales. Cette gouvernance multi-acteurs est une condition essentielle pour restaurer la légitimité des normes internationales. Dans un contexte de fragmentation globale, c’est la seule voie pour préserver la sécurité collective et assurer un avenir pacifique aux générations futures.
Illustration : @ Serge Sur- Vie Publique

@ Serge Sur -https://www.vie-publique.fr/


