Du 1er au 12 novembre 2021 se tiendra à Glasgow la COP 26. « COP » comme Conference of Parties, et « 26 » parce que ce rendez-vous mondial organisé sous l’égide de l’ONU a lieu chaque année depuis 1995 (la COP 26 était prévue pour 2020, mais la pandémie est passée par là…)

Réunissant tous les États signataires de la convention de l’ONU sur les changements climatiques[1], elle s’inscrit dans une lignée le plus souvent marquée par des résultats décevants, voire, comme pour la COP 25 de Madrid en 2019, à peu près inexistants. À ce jour, seules deux COP ont permis des avancées notables : celle de Kyoto en 1997, et plus encore celle de Paris en 2015.

Face à l’accélération de dérèglements climatiques aux effets de plus en plus spectaculaires et dévastateurs, toute la question consiste donc à savoir si Glasgow saura ou non répondre aux urgences du temps présent. Dans leur déclaration commune du 1er septembre 2021, le pape François, le patriarche Barthélémy et l’archevêque de Canterbury Justin Welby soulignent solennellement les enjeux : « nous prions pour nos dirigeants qui se réuniront à Glasgow pour décider de l’avenir de notre planète et de ses habitants. Encore une fois, nous rappelons l’Écriture : « choisissez la vie, afin que vous et vos enfants puissiez vivre » (Dt 30,19) ».

Petit retour en arrière

Le cycle des COP s’enracine dans le Sommet de Rio de 1992 : la Convention de Rio prévoyait un engagement international pour contenir le réchauffement climatique. Il ne s’agissait encore que d’une déclaration d’intentions, sans engagements précis ni contrainte d’aucune sorte, mais du moins fut-il alors décidé d’organiser chaque année une conférence de deux semaines.

Ouverte par un sommet des Chefs d’État et de gouvernement de tous les pays signataires de la Convention de Rio, et en présence – avec statut d’observateurs – de nombreuses entreprises et ONG, cette « Conférence des Parties » a pour objectif de conclure des accords en vue de lutter contre le réchauffement climatique (notamment par la réduction des émissions de gaz à effet de serre [GES]), et d’assurer le suivi de leur mise en œuvre.

Force est de reconnaître que, depuis lors, la communauté internationale n’a progressé que bien difficilement, au gré des désaccords Nord-Sud, de la résistance passive de certains, et de l’hostilité ouverte de quelques-uns (avec D. Trump, les États-Unis ont purement et simplement quitté le navire, et ne sont remontés à bord que depuis l’élection de J. Biden).

À Kyoto, en 1997, la COP 3 a certes permis une première avancée, avec la mise en place d’un mécanisme juridique contraignant les États à réduire leurs émissions de GES de 5,2 % d’ici à 2020. Mais seulement 37 pays industrialisés ont ratifié l’accord, qui de surcroît ne prévoyait aucune sanction en cas de non-respect des engagements pris.

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Plus significatif fut le succès de la COP 21, tenue à Paris en 2015 : les Accords de Paris engagent leurs signataires à limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C, et si possible moins de 1,5°C, à l’horizon de 2100. Ils stipulent par ailleurs que chaque pays doit tous les ans rendre publique sa contribution à la réduction d’émission de GES, et prévoient la mise en place d’un « fonds vert » en faveur de la transition énergétique dans les pays du Sud.

Mais depuis 2015 tous les indicateurs n’ont cessé de se dégrader… Aucun pays ne s’est vraiment donné les moyens d’atteindre les objectifs fixés, et les travaux des scientifiques se font de plus en plus alarmants : publié en août 2021, le 6e rapport du GIEC précise que, en l’absence de réduction rapide et forte de nos émissions de GES, la température devrait augmenter de 1,5°C d’ici à 2030 et de 3°C à 5°C d’ici à la fin du siècle – ce qui entraînerait notamment une élévation du niveau des mers de 10 à 25 cm d’ici à 2050. Et, en septembre, la Banque mondiale a publié un rapport selon lequel 170 à 216 millions de personnes seront obligées de quitter leur foyer d’ici à 2050 du fait du changement climatique…

On mesure ainsi tout ce en quoi les échéances de Glasgow s’avèrent à la fois incertaines et cruciales !

Les enjeux de la COP 26 : quels dossiers sur la table de Glasgow ?

Ces derniers mois, des voix se sont levées pour demander un report de la COP 26, considérant que l’absence prévisible de nombreux participants des pays du Sud, en raison des difficultés d’accès à la vaccination, compromettra gravement la tenue d’une conférence réellement mondiale. Mais l’ONU a maintenu son calendrier, au nom de l’urgence absolue que revêt la situation climatique mondiale.

Il est vrai que la table des négociations sera chargée de dossiers complexes et lourds.

Globalement, la feuille de route de la COP 26 consiste à ce que la communauté internationale se donne les moyens d’atteindre les objectifs des Accords de Paris de 2015, en définissant les règles du jeu et le mode d’emploi effectif pour y parvenir.

Pour l’essentiel, les enjeux de la COP 26 se condensent en quatre points : 1) présenter des plans ambitieux de réduction des GES à l’horizon 2030 ; 2) tenir les engagements des Accords de Paris en matière d’aide aux pays les plus pauvres ; 3) s’engager sur le renforcement de la résilience aux effets des dérèglements climatiques ; 4) s’accorder sur un plan de décarbonisation de l’économie mondiale visant à atteindre la neutralité carbone à horizon 2050.

La marche est haute : la dernière évaluation publiée le 17 septembre 2021 par l’ONU indique qu’au vu des plans nationaux présentés par les États à la veille de la COP (s’ils sont respectés…) la trajectoire mondiale serait celle d’un réchauffement de 2,7°C d’ici à 2100. Et à ce jour 58 pays, dont notamment la Chine et l’Inde, n’ont toujours pas communiqué leurs engagements en termes de réduction des GES.

Deux points majeurs de clivages potentiels occuperont de surcroît le devant de la scène : la question de la prise en charge financière des effets des dérèglements climatiques, et celle du « marché carbone ».

L’article 5 du projet d’accord prévoit l’instauration d’un mécanisme de soutien technique et financier aux pays et aux populations victimes des dérèglements climatiques. Ses défenseurs soulignent le fait que les effets parfois dramatiques des dérèglements affectent prioritairement les pays et les personnes qui émettent le moins de GES, mais le principe de « justice climatique » ainsi mis en avant n’est pas nécessairement admis par tous les États participant, ou tout du moins ses implications budgétaires ne le sont-elles pas… Il s’agira donc de réussir à s’accorder sinon sur l’existence de tels mécanismes, du moins sur leur ampleur concrète (en 2015, il avait été prévu un « fonds vert » de 100 milliards de dollars par an), et, de ce point de vue, rien n’est acquis.

L’article 6, quant à lui, porte sur l’instauration d’un système d’échange de droits d’émission de GES entre les pays qui en émettent trop et ceux qui en émettent moins : il s’agirait en quelque sorte de permettre aux pollueurs d’acquérir des « crédits carbone » en finançant notamment des projets de séquestration carbone. Un tel dispositif fait débat : il risque d’exonérer les pollueurs des efforts qu’ils doivent faire, et comporte des menaces pour les populations des pays pauvres (expropriation, accaparement foncier).

On le voit, il y a fort à faire ! Et ceci d’autant plus que s’impose de plus en plus la prise de conscience du besoin d’une approche plus systémique et plus globale encore : le climat, la biodiversité, la crise sanitaire, la justice sociale, tout est lié. Lors de son congrès mondial de Marseille, en septembre 2021, l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) a ainsi rappelé que « les urgences du climat et de la biodiversité ne sont pas distinctes l’une de l’autre, mais bien plutôt deux aspects d’une même crise », et que la pandémie « met en lumière le caractère insoutenable de notre rapport à la nature »… Et l’on sait bien que des mesures climatiques apparemment « justes » peuvent s’avérer profondément néfastes sur le plan humain : par exemple, la construction d’un grand barrage hydroélectrique permettra certes de réduire les émissions de GES, mais pourra entraîner l’expropriation forcée des populations locales… De la façon dont ces questions seront ou non prises en compte dépendra aussi la portée de la COP 26, comme le rappellent le Pape, le patriarche œcuménique et l’archevêque de Canterbury : « nous nous trouvons devant une justice sévère : la perte de biodiversité, la dégradation de l’environnement et le changement climatique sont les conséquences inévitables de nos actions, car nous avons avidement consommé plus de ressources de la terre que la planète ne peut en supporter.  Mais nous sommes également confrontés à une injustice profonde : les personnes qui subissent les conséquences les plus catastrophiques de ces abus sont les plus pauvres de la planète et en sont les moins responsables. Nous servons un Dieu de justice, qui se délecte de la création et crée chaque personne à l’image de Dieu, mais entend aussi le cri des pauvres. »

Partout dans le monde, chrétiens et croyants se mobilisent en ce sens : songeons par exemple à l’action du Mouvement Laudato Si’ (nouvelle appellation du Mouvement Catholique pour le Climat) et à la pétition « Santé de la terre, santé de l’humanité », ou encore à l’appel « religions pour la justice climatique » lancé par le réseau Greenfaith. Si nous savons bien que tout ne pourra pas se résoudre à coups de grand-messes médiatiques et d’effets de com, nous savons aussi que le poids des opinions publiques et des engagements citoyens n’est pas totalement sans effet sur les décisions de la communauté internationale. De notre prière et de notre action dépendront aussi le déroulement et les suites de Glasgow 2021.

[1] La COP 26 doit réunir 196 parties, 195 États et l’UE.