La politique migratoire danoise et ses implications pour l’Église catholique au Danemark

En matière de migration, on pourrait dire que le Danemark adopte une double approche. D’une part, depuis le début des années 2000, le pays s’est forgé une réputation au sein de l’UE pour ses politiques d’immigration restrictives, et plusieurs gouvernements considèrent désormais le Danemark comme un modèle en la matière. D’autre part, les décideurs politiques sont de plus en plus conscients des défis démographiques du pays, notamment la diminution de sa population active, et prennent donc des mesures pour attirer la main-d’œuvre étrangère. Un exemple récent, largement débattu, est le projet danois de recruter des professionnels de santé aux Philippines et en Inde afin de pallier les pénuries prévues dans le secteur de la santé. De même, il convient de noter que des secteurs tels que la construction, le tourisme et les services dépendent fortement des travailleurs migrants pour leur fonctionnement. En effet, selon l’Agence danoise pour le marché du travail et le recrutement, le nombre d’étrangers employés s’élevait à 436 390 en avril 2026 sur 6 millions d’habitants.

Il est important de noter que cette approche, qui établit une nette distinction entre demandeurs d’asile et travailleurs migrants, ne se limite pas à un seul parti politique, mais reflète un consensus plus large au sein de l’échiquier politique danois. Les premiers signes indiquent également une continuité au sein du nouveau gouvernement de coalition formé le 3 juin, qui devrait suivre une voie similaire en combinant un contrôle strict de l’immigration et des efforts ciblés pour attirer les travailleurs étrangers. Un facteur clé de cette évolution réside dans l’approche adoptée par la Première ministre Mette Frederiksen, du parti social-démocrate, qui effectue actuellement son troisième mandat consécutif. Elle s’est activement employée à intégrer des politiques d’immigration traditionnellement associées à la droite. De cette manière, elle est parvenue relativement bien à limiter l’attrait électoral des partis d’extrême droite, qui ont ailleurs en Europe pourtant gagné du terrain grâce à des politiques d’immigration restrictives.

En tant que bras social de l’Église catholique au Danemark, au Groenland et aux îles Féroé, Caritas Danemark se concentre sur le soutien aux personnes les plus démunies. Il s’agit notamment des travailleurs migrants, souvent en situation de précarité sur le marché du travail danois. Cette précarité peut se traduire par de mauvaises conditions de travail, une perte d’emploi soudaine, mais aussi des difficultés en dehors du cadre professionnel. De nombreux travailleurs migrants ne sont pas pleinement conscients de leurs droits alors qu’ils rencontrent des difficultés d’accès au marché du logement, aux services de santé et manquent de relations sociales, ce qui les isole et les empêche de s’orienter dans des systèmes qu’ils ne connaissent pas. Pour y remédier, Caritas Danemark propose un accompagnement, une assistance juridique et un soutien social aux travailleurs migrants en situation de vulnérabilité. À travers des initiatives telles que la maison d’accueil des migrants et le dispensaire de Caritas, tous deux situés à Copenhague, l’organisation offre un accompagnement pratique et un accès aux services essentiels, notamment au soutien communautaire et aux soins de santé de base.

Face à la demande croissante de main-d’œuvre étrangère, le besoin de mécanismes de soutien social s’est accru en conséquence, et le rôle de Caritas Danemark est devenu de plus en plus important. Dans les faits, ce sont souvent des organisations de la société civile comme Caritas qui prennent en charge l’accueil social des travailleurs migrants. Nombre d’entre eux connaissent déjà Caritas dans leur pays d’origine et se tournent donc naturellement vers l’organisation en cas de difficultés. Ce phénomène est renforcé par le fait que l’Église catholique au Danemark est elle-même une Église minoritaire, largement composée de migrants et de réfugiés.

Ces dernières années, Caritas Danemark a activement contribué aux débats publics sur l’immigration par le biais de tribunes et d’actions de plaidoyer, appelant les décideurs politiques et les acteurs du marché du travail à redoubler d’efforts pour garantir un accueil social complet aux travailleurs migrants, tant sur leur lieu de travail que dans la société en général. Parallèlement, l’organisation a insisté sur la nécessité de reconnaître les travailleurs migrants comme des individus dotés d’une dignité intrinsèque, et non comme une simple solution à la pénurie de main-d’œuvre. Elle a également plaidé pour des voies de migration plus sûres, ainsi que pour des procédures d’asile et des conditions d’accueil plus respectueuses de la dignité humaine.