François, le pape des pauvres
LE PAPE FRANÇOIS ET LES PAUVRES : UN PONT ENTRE FOI, HUMILITÉ ET SOLIDARITÉ
Dès son élection le 13 mars 2013, le pape François s’est imposé comme une figure emblématique de compassion, d’humilité et d’engagement envers les plus démunis. Son pontificat, marqué par une volonté sincère de renouveler l’Église et de la rendre plus proche des marginalisés, a profondément influencé la manière dont la foi chrétienne se conjugue avec la solidarité sociale. À travers ses paroles, ses gestes et ses initiatives, le pape François a incarné une vision d’amour universel, où la dignité humaine et la compassion occupent une place centrale.
Un pape issu de la périphérie : un parcours personnel façonné par la pauvreté et la simplicité
Originaire de Buenos Aires, en Argentine, Jorge Mario Bergoglio a grandi dans un environnement modeste où ses parents lui ont transmis des valeurs de simplicité, de respect et de solidarité. Son parcours personnel, marqué par une vie simple et une foi profonde, lui a donné une sensibilité particulière aux enjeux sociaux et humains. Toute sa vie, il s’est engagé activement dans les quartiers populaires, il a vécu concrètement modestement, à proximité des pauvres et avec eux. Il s’est efforcé de lutter contre la corruption et les injustices sociales.
Lorsqu’il est élu pape le 13 mars 2013, il a choisi le nom de François en hommage à Saint François d’Assise, symbole de pauvreté volontaire, de respect de la nature et de fraternité universelle. Ce choix de nom était un message fort : il voulait faire de la pauvreté une valeur centrale de son pontificat. « C’est l’homme qui nous donne cet esprit de paix, l’homme pauvre… Ah, comme je voudrais une Église pauvre et pour les pauvres ! Ils ont beaucoup à nous enseigner ». Dès le 22 mars 2013, dans son premier discours devant le corps diplomatique, le pape François a fixé comme priorité de son pontificat la lutte contre les pauvretés, matérielle et spirituelle. Et dans son homélie du 19 novembre 2023, il poussait un cri d’indignation retentissant : « La pauvreté est un scandale », critiquant le sort des « pauvres devenus invisibles dont le cri de douleur est étouffé par l’indifférence générale d’une société affairée et distraite », dénonçant la « mondialisation de l’indifférence ».
La priorité aux pauvres : un message constant
Le pape François a souvent rappelé que « la pauvreté n’est pas une fatalité, mais une invitation à la solidarité et à la fraternité ». L’Église doit être « une Église en sortie », proche des marginalisés, des sans-abri, des migrants, des réfugiés et des personnes en détresse.
Il a dénoncé avec force les inégalités croissantes dans le monde, la concentration des richesses entre quelques mains, et la marginalisation des plus vulnérables. Lors de ses voyages et de ses rencontres, il n’a pas hésité à se rendre dans des quartiers défavorisés, à partager un repas avec des sans-abri ou à visiter des centres d’accueil pour migrants. Ces gestes simples mais puissants illustrent sa conviction que la foi doit se traduire en actions concrètes pour soulager la souffrance et promouvoir la justice.
Des actions concrètes et des initiatives pour les pauvres
Le pape François ne s’est pas limité aux paroles, il a pris des initiatives concrètes visant à soutenir les pauvres et à promouvoir la justice sociale. Parmi celles-ci, la Journée mondiale des pauvres, instaurée le 13 juin 2017 à l’issue du Jubilé de la Miséricorde, constitue un moment fort : elle incarne la « prédilection de Jésus pour les pauvres » et incite l’Église à « sortir » de ses murs pour aller à la rencontre de la pauvreté dans ses différentes manifestations actuelles. Le pape François a voulu aider les chrétiens et les communautés chrétiennes à « réfléchir sur la manière dont la pauvreté est au cœur de l’Évangile et sur le fait que, tant que Lazare git à la porte de notre maison (Lc 16, 19-21), il ne pourra y avoir de justice ni de paix sociale » souhaitant ainsi créer du lien entre les personnes. Convaincu que les plus pauvres ont beaucoup à nous apprendre, il a appelé les catholiques à aller très concrètement aux périphéries en rappelant que « c’est une joie d’accompagner les personnes en grande précarité. L’Esprit Saint nous a précédé en eux ». Sa lettre Misericordia et misera en novembre 2016, avait fixé trois grands objectifs :
- Une Église pauvre pour les pauvres : « Vous êtes le trésor de l’Église ! Votre place est ici la première !» ;
- L’évangélisation par les pauvres, pour les pauvres ;
- La rencontre avec les plus pauvres : « Quand tu donnes un festin, n’invites pas tes riches amis, mais les pauvres… et tu seras heureux ! » (Lc 14, 12-14).
Le pape François a également lancé des appels à la réforme économique et financière de l’Église, afin de réduire les dépenses superflues et d’augmenter l’aide aux démunis. Son célèbre propos « une Église pauvre pour les pauvres » résume cette volonté de faire de la pauvreté une priorité, non pas comme un problème à gérer, mais comme une valeur à vivre. Dans cette optique, il a encouragé la création de structures d’entraide, de coopératives et d’associations communautaires car « la pauvreté n’est pas une fatalité, mais une injustice qu’il faut combattre » (Discours du 8 septembre 2019 à Madagascar).
Il s’est par ailleurs opposé au commerce des armes, suggérant de transférer les sommes ainsi économisées pour lutter pour l’accès à l’alimentation, à l’eau, à l’éducation, au travail, à un logement pour les plus vulnérables : « Les armes créent la méfiance et détournent les ressources. Combien de vies pourraient être sauvées avec les ressources destinées aujourd’hui aux armements ? » (Discours au Corps diplomatique le 8 janvier 2024).
Surtout, avec l’écologie intégrale promue dans l’encyclique Laudato si’, le pape François a lié le cri des pauvres et le cri de la terre : « Tout est lié » (Laudato si’, 91). Il faut prendre soin de la maison commune et de tous ses habitants, en particulier les plus pauvres et les plus fragiles. Le pape François montrait que les efforts visant à atténuer le changement climatique et à aider les personnes en situation de pauvreté ne doivent pas être opposés les uns aux autres, mais au contraire s’inscrire dans un même projet. En effet, il ne serait pas juste de réduire les émissions d’une façon qui nuirait aux personnes en marge de notre société – « ce sont les plus pauvres des pauvres qui souffrent » – ou qui placerait un fardeau insupportable sur les pays les plus pauvres. « Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature » (Laudato si’, 139). Ou encore : « aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous empêcher de reconnaître qu’une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres » (Laudato si’, 49).
La parole pour les sans-voix
Au-delà de ses actions concrètes, le pape François a utilisé sa voix pour défendre les droits des pauvres et pour leur redonner la parole. Il a dénoncé à plusieurs reprises l’exploitation, la traite des êtres humains, la marginalisation des migrants et la violence faite aux plus faibles. Son discours en faveur de l’accueil des réfugiés, notamment lors de son voyage à Lesbos en 2016, a marqué les esprits et renforcé la dimension humanitaire de son pontificat.
Son appel à la fraternité universelle cherche à construire un monde où chaque personne, quelle que soit sa condition, mérite respect, dignité et amour (Encyclique Fratelli tutti). La foi doit se traduire en actes concrets pour soulager la souffrance et promouvoir la justice.
Une Église pauvre, par et pour les pauvres
Le pape François a incarné une vision de l’Église profondément ancrée dans la réalité des pauvres et des marginalisés à qui il redonne leur dignité en les reconnaissant capables de participer pleinement à la vie de la société et à vivre une spiritualité de Foi profonde. « Personne n’est si pauvre qu’il ne puisse pas donner quelque chose de lui-même dans la réciprocité » expliquait François en soulignant la générosité des pauvres eux-mêmes. « C’est vrai, ces gens manquent de quelque chose, ils leur manquent souvent beaucoup et même du nécessaire, mais ils ne manquent pas de tout, parce qu’ils conservent leur dignité d’enfants de Dieu que rien ni personne ne peut leur enlever » (Message du Pape pour la 5e Journée mondiale des pauvres, 14 juin 2021).
Il appelait les gouvernements du monde entier à construire « un modèle social tourné vers l’avenir, capable de faire face aux nouvelles formes de pauvreté … Les pauvres nous évangélisent, en nous aidant à découvrir chaque jour la beauté de l’Évangile. Ne passons pas à côté de cette occasion de grâce. En ce jour, considérons-nous comme leurs débiteurs. Se tendre la main les uns et les autres, c’est vivre une rencontre de salut qui soutient la foi, rend effective la charité, donne l’espérance pour avancer sur le chemin où le Seigneur vient à notre rencontre » (Message pour la Journée mondiale des pauvres, 18 novembre 2018).
Aujourd’hui, puissent résonner en chacune et chacun d’entre nous ces appels du pape François à une Église pauvre, par et pour les pauvres, lui qui dans son autobiographie Espère parue en janvier 2025 écrivait :
« Le contraire le plus quotidien de l’amour de Dieu, de la compassion de Dieu, de la miséricorde de Dieu, c’est l’indifférence.
Le véritable amour est inquiet. Le chrétien tend la main.
Pour nous chrétiens, l’avenir a un nom, et ce nom est espérance.
Espérer ne signifie pas être des optimistes naïfs qui ignorent le drame des maux de l’humanité. L’espérance est la vertu d’un cœur qui ne s’enferme pas dans le noir, qui ne s’arrête pas au passé, ne vivote pas dans le présent, mais qui sait voir de manière lucide le lendemain.
Inquiets et joyeux, voilà comment nous devons être, nous chrétiens… »