Le Pape François nous a quittés

Voilà un grand pape parti vers le Seigneur, un pape dont la postérité se souviendra pour sa proximité avec les personnes, en particulier les exclus et les pauvres, et pour sa volonté de réforme de l’Eglise. Il n’a pas toujours été compris : un pape d’ailleurs, un pape latino, difficile à saisir au début de son pontificat, avec un nom italien qui trompe sur sa culture. On se souvient des réactions d’ambassadeurs près le Saint Siège déroutés pendant la première année de son pontificat.

Le pape François a toujours donné priorité aux périphéries (ses voyages les ciblaient systématiquement). Nous avons été frappés par l’extrême attention aux personnes porteuses de handicap : après l’audience du mercredi sur la place Saint Pierre, on l’a vu demander à son chauffeur de faire marche arrière pour aller saluer une personne en fauteuil roulant qui avait été amenée dans un endroit imprévu. Attention portée aux peuples premiers avec sa visite au Canada pour demander pardon des crimes commis par l’institution ecclésiale dans son histoire, et l’organisation du Synode pour l’Amazonie. Attention portée aux enfants abusés par des responsables ecclésiastiques, avec la création de la Commission Pontificale pour la protection des mineurs et une lettre circulaire aux épiscopats du monde entier. Attention portée aussi et surtout aux pauvres : sa visite aux sœurs qui vivent dans un campement rom à Ostie, celle à un foyer de l’Arche à Ciampino, l’accueil des sdf de la Place Saint Pierre à sa table en certaines occasions, et aussi la construction de douches, la permanence médicale. N’a-t-il pas comparé l’Eglise à un hôpital de campagne, pas seulement pour les sans-abris, mais aussi les victimes des guerres et de la violence. Lors de sa première audience au Conseil représentatif de Caritas Internationalis en mai 2013, il avait déclaré, dans une remarque expressive, que le soin des pauvres pouvait nous mener jusqu’à vendre nos églises…

Le pape François s’est fait, à l’image de ses prédécesseurs, un défenseur passionné de l’humanité des migrants, souvent à contre-courant. Son premier voyage fut à Lampedusa, nous nous souviendrons aussi de Lesbos et de Marseille. Il a toujours été un défenseur acharné de la cause de ces personnes qui risquent leur vie pour un monde meilleur, nous rappelant à notre humanité commune, celle d’enfants de Dieu.

Le Pape François a aussi promu l’Eglise comme un espace et un lieu ouvert. Son sens de la mission s’exprimait à chaque instant. Son apostolat s’étendait à l’humanité entière. Cela s’est traduit par des pas significatifs vers les leaders des autres Eglises chrétiennes comme des autres religions. Nous nous souvenons de la célébration œcuménique de Lund et de Malmö en Suède fin octobre 2016 pour commémorer avec les Luthériens le 500ème anniversaire de la Réforme, dont la fête coorganisée par Caritas Internationalis et la Fédération Luthérienne Mondiale. François nous a aussi donné Fratelli Tutti après avoir signé avec le grand imam de El Azar la déclaration d’Abou Dhabi sur la fraternité humaine pour la paix mondiale. Les efforts de relations avec les chrétiens d’autres confessions ont porté leurs fruits avec une proximité renforcée qui ouvre de nouvelles portes vers l’unité. Cette vision universelle l’a aussi conduit à créer de nombreux cardinaux dans toutes les parties du monde, réduisant ainsi le nombre des Européens et Nord-Américains.

Le Pape François a aussi été le pape qui a promu la question de l’écologie intégrale au niveau nécessaire à notre époque. En 2015, son encyclique Laudato Si a bousculé aussi bien l’Eglise que la société toute entière et a contribué au succès de l’Accord de Paris. Fin 2023, la Lettre Laudate Deum a rappelé aux dirigeants de la planète leur responsabilité au moment où ils se retrouvaient pour la COP 28. Laudato Si a été à la source de nombreux engagements dont celui du Mouvement Mondial Catholique pour le Climat renommé Mouvement Laudato Si.

Le Pape François n’a pas manqué d’appeler à la paix dans la justice, à temps et à contre-temps, même s’il n’a pas toujours été compris. Il a dénoncé les options militaires dévoreuses d’argent bien nécessaire au développement humain intégral. Il a aussi été pionnier dans la préparation du Traité d’Interdiction des armes nucléaires que le Saint Siège a été parmi les premiers à signer et ratifier. Le Saint Siège a reconnu l’Etat de Palestine qu’il a longtemps appelé de ses vœux.

Nous nous souviendrons aussi de sa dénonciation des « 15 maux de la Curie » présentés en guise de vœux aux cardinaux ébahis lors de la cérémonie de fin décembre 2014. De sa dénonciation du cléricalisme dans l’Eglise, de celle des médisances – un grand péché qui tue, de la mondanité qui tente les responsables de l’Eglise, …

On ne peut pas oublier sa simplicité, marquante dès le début : quand il sort du conclave comme pape, il monte avec les cardinaux dans le bus qui les ramène à la Maison Sainte Marthe, laissant la voiture papale vide. Sa manière de porter la croix pectorale, ses vêtements liturgiques, sa petite voiture, son logement à Sainte Marthe et non au Palais Apostolique, lui donnant la possibilité de recevoir qui il voulait quand il voulait, … un sens aigu de sa mission et de l’indépendance qu’elle méritait dans le cadre d’une Curie contraignante[1].

Pour terminer, l’occasion du décès du Pape François est une invitation à relire et travailler la Lettre Apostolique de 2014, Evangelii Gaudium. Alors que je soulignais l’importance de l’encyclique Laudato Si, le Pape m’avait présenté Evangelii Gaudium comme « la pierre d’angle de mon pontificat ».

Que Dieu l’accueille les bras grand’ ouverts !

 

 

[1] Un certain dimanche matin, il avait reçu longuement mon fils Emmanuel, porteur de trisomie 21, avant l’angelus, créant une inquiétude dans son entourage qui trépignait pour l’accompagner au fameux balcon de la place Saint Pierre.