Pèlerin d’espérance

Comment relire l’action d’un pape après 12 années de présence à la tête de l’Église universelle, au-delà de l’immense émotion ressentie à l’annonce de sa mort ? Comment faire une juste part entre les ruptures qu’il aura engagées et l’ancrage important dans l’héritage de ses prédécesseurs.

Les observateurs extérieurs comme les fidèles catholiques mettront l’accent sur quelques axes de son pontificat en les hiérarchisant, en les interprétant, sans doute différemment. Pour notre part, suivons le fil rouge de la Justice et de la Paix, omniprésent dans les discours, les textes, les voyages du pape François.

François, pape jésuite venu d’Argentine, non européen, marqué par une autre culture, aura signifié à maintes occasions son attention aux Églises du Sud et aux pays en proie aux difficultés économiques, aux violences, aux turbulences climatiques. Le drame des migrants, contraints à l’exil par la guerre ou la pauvreté, risquant leur vie sur leurs chemins de migration et trop mal accueillis dans nos pays, est apparu, dès le début, comme un leitmotiv de son pontificat, notamment pour rappeler à l’Europe ses devoirs d’hospitalité.

L’encyclique Laudato si’ manifesta aux yeux de tous son inquiétude pour la planète mais aussi (« tout est lié ») pour les humains qui l’habitent. Il y développa le principe d’une écologie intégrale qui réponde au cri de la Terre et au cri des pauvres. Le synode sur l’Amazonie fit entendre, également, cette fibre écologique.

Comme ses prédécesseurs, il aura incessamment appelé à construire la paix, et dénoncé les conséquences terribles d’une guerre mondiale « en morceaux », condamnant clairement l’arme nucléaire. Ce désir de paix à construire par la négociation et la diplomatie ne fut pas toujours compris en Europe quand la Russie envahit l’Ukraine. Il aura, dans ce monde divisé – l’encyclique Fratelli tutti et la rencontre d’Abu Dhabi avec le grand imam d’Al-Azhar en témoignent –, souligné la nécessité de la rencontre et du dialogue avec ceux qui pensent différemment, qui croient différemment, et notamment le monde musulman. Préoccupé jusqu’à la fin par le sort des Palestiniens de Gaza, il aura également exprimé son inquiétude face à la montée de l’antisémitisme.

Intransigeant face aux abus sexuels et spirituels dans l’Église, il convoqua à Rome un sommet inédit sur la pédocriminalité, mais, dans le même temps, sembla peu enclin à reconnaître le caractère systémique de ces crimes, que dénonçait en France le rapport de la CIASE. Dans une Lettre au peuple de Dieu, il donna un nom à la cause de ce mal, le cléricalisme qu’il invita à combattre.

Mais peut-être est-ce dans sa manière d’être, sa simplicité, que le pape François aura touché le monde : son appel à prier pour lui, ses formules imagées (l’Église hôpital de campagne, le pasteur connaissant l’odeur de ses brebis, le souci des périphéries), son sourire chaleureux et un humour revendiqué comme salutaire. Sans changer fondamentalement la doctrine de l’Église catholique (malgré les accusations de « relativisme » proférées par certains), il adopta une attitude pastorale l’amenant (notamment au cours de conférences de presse improvisées dans les avions lors de ses voyages) à prôner la miséricorde plutôt que la condamnation. Le grand chantier du Synode sur la synodalité, mené à l’échelle de chaque pays, puis de chaque continent avant d’être travaillé à Rome par les évêques, illustre une puissante conviction de ce pape-pasteur : imprimer au peuple de Dieu l’habitude de travailler ensemble, clercs et laïcs, pour transformer l’institution Église au profit de sa mission et de ce monde dans lequel elle est pleinement engagée. S’en allant dans la lumière de Pâques, il restera pour longtemps ce Pèlerin d’Espérance dont il a voulu faire le thème de cette année jubilaire.

 

Père céleste,
En ton fils Jésus-Christ, notre frère,
Tu nous as donné la foi,
Et tu as répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint, la flamme de la charité
Qu’elles réveillent en nous la bienheureuse espérance de l’avènement de ton Royaume.
Que ta grâce nous transforme,
Pour que nous puissions faire fructifier les semences de l’Évangile,
Qui feront grandir l’humanité et la création tout entière,
Dans l’attente confiante des cieux nouveaux et de la terre nouvelle,
Lorsque les puissances du mal seront vaincues,
Et ta gloire manifestée pour toujours.
Que la grâce du Jubilé,
Qui fait de nous des Pèlerins d’Espérance,
Ravive en nous l’aspiration aux biens célestes
Et répande sur le monde entier la joie et la paix
De notre Rédempteur.
À toi, Dieu béni dans l’éternité,
La louange et la gloire pour les siècles des siècles.
Amen