Le sport, lieu privilégié des relations interreligieuses

À l’occasion de Jeux Olympiques et Paralympiques, le monde entier s’est réjoui de vivre un temps de rassemblement paisible, grâce au sport. 206 nations réunies à l’occasion des Jeux Olympiques et 169 délégations pour les Jeux Paralympiques : « les Jeux Olympiques sont le seul événement qui parvient encore à rassembler le monde entier dans une compétition pacifique ». Les Jeux n’ont pas arrêté les guerres pour autant, car comme l’a rappelé Thomas Bach, président du CIO, à l’occasion de la messe d’ouverture de la trêve olympique à la Madeleine, « Le sport ne peut pas créer la paix mais ce que nous faisons c’est de promouvoir une culture de paix ».

© Holy Games
Signature de la convention entre Paris 2024, le bureau
des cultes et les représentants des 5 religions – juin 2024

Ce temps vraiment béni vécu à Paris, en Seine-St-Denis et dans 8 villes de France ne doit pas être qu’une parenthèse et l’héritage des Jeux doit être partagé afin que se prolonge la joie vécue et l’esprit de fraternité. C’est probablement au cœur du village olympique qu’il nous faut entrer pour comprendre ce qui s’est joué de particulièrement tangible et concret pendant les jeux.

À la demande du CIO, une aumônerie interreligieuse était installée au sein même du village olympique, à St-Denis, comme pour chaque olympiade. Ce « centre multiconfessionnel » a été le lieu d’une fraternité particulièrement exceptionnelle, donnant naissance à de véritables amitiés entre juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes ou hindouistes qui ont vécu pendant un mois et demi ensemble, sur un même lieu, au service des athlètes et délégations.

Cette réalité vécue concrètement entre près de 160 aumôniers, représentants les 5 religions, dont 40 aumôniers catholiques, est le fruit de 2 ans de travail, entamé en octobre 2022 avec Paris 2024 et le bureau des cultes rattaché au ministère de l’intérieur. Je garde en mémoire cette rencontre du mois de novembre 2023, un mois après le 7 octobre, au cours de laquelle les représentants juifs et musulmans ont expressément demandé à ce que les salles juives et musulmanes soient l’une à côté de l’autre, pour témoigner au monde entier que l’amitié et la concorde étaient encore possible. Je me souviens également de la décision de Najat Benali, représentante du culte musulman, accompagnée des représentants bouddhistes et hindouistes, acceptant de céder des m2 aux chrétiens, dont la salle initialement prévue de 50m2 a ainsi pu passer à 100m2. Ces petits gestes étaient en réalité de grandes étapes vers l’amitié vécue pendant les Jeux, qui s’est manifestée à de multiples reprises dans l’accueil des athlètes de toutes confessions (les aumôniers orientant volontiers les athlètes vers la salle voisine selon la croyance de chacun), dans le partage à l’occasion de certaines fêtes religieuses, dans la mise à disposition de matériel d’une salle à l’autre et surtout dans le respect mutuel au cœur de cet espace restreint.

Le point d’orgue de cette fraternité s’est concrétisé par la rencontre interreligieuse du 4 août, au cœur des Jeux, sur le parvis de Notre-Dame de Paris. Ce temps d’échange, au pied de la cathédrale avait pour but de manifester au monde entier comment « le sport peut mobiliser le meilleur pour l’homme et l’humanité ». En écho à la cérémonie qui s’était déroulée aux Jeux de 1924 dans Notre-Dame de Paris, présidée par le cardinal Dubois, archevêque de l’époque accompagné de représentants protestants, orthodoxes, juifs et bouddhistes, la rencontre interreligieuse du 4 août, en présence du Président du CIO, de Tony Estanguet, de la Maire de Paris et de la Présidente de la Région IDF a surtout permis de rassembler les aumôniers afin de célébrer leur amitié sur le parvis de Notre Dame, « la plus belle cathédrale du monde », comme l’a rappelé avec bienveillance Najat Benali.

Le Centre multiconfessionnel, construction éphémère au cœur du village, laissera un héritage durable pour les 160 aumôniers mais aussi pour les plus de 5 400 athlètes ou membres de délégations venus se recueillir dans l’une des salles de l’aumônerie et chercher une réponse à leurs questionnements intérieurs car, comme l’a rappelé Thomas Bach le 4 août, « seule la foi peut apporter des réponses aux questions réellement existentielles de la vie, de la mort et du divin. Seule la foi peut nous guider dans notre acceptation de la transcendance divine ».