Éthique sociale en Église n°90 mars 2026
1 – La guerre n’est pas un spectacle !
Les écrans bruissent d’explosions suivies de champs de ruines. Le nombre de personnes tuées, surtout s’il s’agit de gens importants, est présenté à la manière d’un score qui en impose ; la quantité de bateaux coulés est revendiquée comme un signe de victoire. Nous risquons d’être fascinés par un tel déploiement de forces, d’autant que les appareils, et parfois les bombes, sont appelés par leur nom singulier, on leur donne ainsi comme une personnalité. Un tel étalage de violences peut marquer profondément les enfants et les adolescents, au point que la guerre risque d’apparaître comme l’état normal du monde. Il faut redire que la guerre est toujours un mal et une œuvre de mort, non un spectacle dont on pourrait se repaître.
Il y a les souffrances humaines dues aux conflits : morts violentes, éclatement des familles, déplacements forcés accompagnés d’une vie en des camps insalubres… Mais le déchaînement des armes provoque aussi des dommages écologiques incommensurables. Il y a les pollutions liées aux incendies et à la diffusion de produits dangereux, la mise en ruines d’immeubles et bâtiments divers. Il faudra des ressources importantes, en biens et en argent, pour reconstruire tout ce qui est démoli en quelques minutes.
D’une manière générale, tout ce qui est mobilisé pour préparer et faire la guerre ne peut être consacré au développement des populations les plus pauvres, en chaque pays et à l’échelle du monde. Les troubles violents qui marquent l’actualité s’accompagnent de régressions notables en matière d’accès à la nourriture, aux soins, à l’éducation, au développement au sens large. En état de guerre, la vie humaine et la dignité des personnes ne sont plus guère considérées : on ne voit plus que des ennemis à abattre.
2 – La confusion entre politique et religion amplifie la violence.
Nombre de conflits ont aussi une composante religieuse. C’est particulièrement le cas en ce qui concerne le Moyen Orient. Les religions se présentent souvent comme porteuses d’un message qui privilégie la concorde et la paix. Mais celui-ci se trouve recouvert et bousculé par des enjeux de pouvoir et par des validations de violences lorsque la religion se trouve étroitement associée au politique. Plus encore, la référence religieuse risque d’en venir à sacraliser les atteintes à la vie et à la dignité d’autrui, à bénir les violences destructrices. L’humain de l’autre bord se trouve réduit au statut d’ennemi, parfois avec des traits diaboliques ; alors, tous les coups semblent permis, semer la mort se présente comme un bien. Aidons-nous les uns les autres à résister à un tel déni de l’éthique élémentaire quand un nationalisme étroit se conjugue avec du religieux dévoyé. Le droit international, souvent mis à mal aujourd’hui, représente justement un pôle de résistance.
Le christianisme porte en son origine une claire distinction entre adhésion religieuse et exercice du pouvoir politique, ce qui ne signifie pas une dissociation complète. Ce sont bien les mêmes personnes qui sont citoyennes d’un pays et membres – ou non – d’une religion. L’appréciation des situations, y compris en temps de conflit, transite alors par un jugement éthique qui peut être partagé dans le cadre de débats, avec une attention particulière à la dignité humaine et à ce qui sert la vie au lieu de semer la mort.
On sait bien qu’en notre pays il y eut des guerres de religion qui ont opposé des chrétiens entre eux. Il importe donc de rester vigilant à l’égard de telles déviations qui contredisent le message évangélique, mais aussi de demeurer critique envers toute instrumentalisation du religieux qui dénie à l’autre le droit de vivre dignement, qui sacralise la violence destructrice. En des périodes où les passions sont à vif, la religion peut devenir dangereuse ; il importe donc que chacun s’interroge sur son propre rapport à la violence, sur son implication dans la recherche de la paix, afin de ne pas en venir à hurler avec les loups.
3 – Des tensions concernant l’approvisionnement énergétique.
Les conflits actuels ravivent les inquiétudes concernant notre consommation énergétique. Quelques chiffres : avec l’énergie fossile (pétrole, gaz) il faut dépenser 1 unité pour obtenir 3 unités utiles ; avec le photovoltaïque, on dépense 1 pour obtenir 10 ; avec l’éolien 1 permet d’avoir 20. De telles différences devraient orienter les choix de sources d’énergie !
Mais il faut d’abord se rappeler qu’on ne peut croître indéfiniment dans un monde fini. Sans oublier les injustices criantes à l’échelle du monde : certains gaspillent tandis que d’autres manquent du strict nécessaire. Il faut donc choisir les modèles les plus économes et les moins perturbateurs, mais aussi travailler à une plus grande justice dans l’accès aux ressources.
Un tel questionnement ne relève pas de la punition. La sobriété peut être un bon critère pour réévaluer nos modes de vie, pour découvrir les bienfaits d’une solidarité respectueuse entre tous les humains, mais aussi avec la nature et l’ensemble du vivant.
Choisissons donc la vie et non la mort. La prédation et la domination violente sont causes de malheur. Le printemps et la marche vers Pâques nous invitent à redécouvrir la beauté de notre environnement et la richesse des solidarités sous le signe d’un amour partagé.
4 – Élections municipales et scènes de la vie courante.
Un chiffre : 891 845 personnes sont présentes sur les listes en vue des élections municipales. Nous voyons là un signe intéressant de l’engagement citoyen, on sait combien les habitants d’un lieu sont sensibles à la présence d’élus de proximité. Il revient à chacun de respecter les personnes en responsabilité et de voir plus loin que ses avantages personnels pour prendre en compte le bien commun. Le déplacement pour aller voter demeure un signe d’attachement à la démocratie, même dans les communes où une seule liste se présente aux suffrages…
Les débats préélectoraux indiquent aussi des centres d’intérêt. Dans les villes importantes il est souvent demandé des espaces destinés aux chiens ; souhaitons qu’une telle extension ne se fasse pas au détriment des aires de jeux proposées aux enfants… il s’agit d’une question sérieuse, même s’il est possible d’en parler avec un peu d’humour.
Mon voisin ronchon rappelle avec justesse que ce n’est pas le toutou qui paiera les pensions de retraite ! Plus drôle, une scène dans le train : une petite fille d’environ 2 ans s’est installée avec son père : elle regarde tous ceux qui arrivent. Voilà un homme plutôt âgé, avec un petit chien dans les bras ; la fillette regarde intensément l’animal puis met son doigt sur la bouche pour lui montrer qu’il ne doit pas aboyer. L’interaction se montra efficace puisque le chien fut tout à fait sage. Un enfant dans le train n’est pas forcément une cause de désagrément, d’autant qu’une telle scénette nous dégage un peu des images de guerre qui occupent actuellement nos écrans. Apprenons donc à lever les yeux pour considérer les enfants qui aspirent à vivre et travaillons à leur préparer un monde vivable.
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Dièse
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