3-Le meilleur espoir de paix au Soudan du Sud
Ce sont les accords conclus sur le terrain, et non les processus internationaux, qui offrent au Soudan du Sud son meilleur espoir de paix.
En mars dernier, le Soudan du Sud a replongé dans la guerre civile lorsque le gouvernement a lancé une campagne de contre-insurrection qui a rasé des villages et entraîné l’exécution de civils, principalement dans des zones habitées par les Nuer, le deuxième groupe ethnique du pays. Après le début du conflit, j’ai mené des entretiens avec des commandants rebelles qui s’étaient réfugiés dans les capitales régionales. Ils m’ont tous posé la même question : où pourrions-nous nous procurer des armes ?
Je n’avais que de mauvaises nouvelles pour mes amis en difficulté. Les puissances régionales de la Corne de l’Afrique soutenaient le gouvernement Sud-Soudanais, et le pays n’était pas attrayant pour les Russes – d’ailleurs, ceux-ci soutiennent des États, pas des insurgés.
Le manque de matériel des rebelles a façonné la dynamique du conflit. Leurs forces attaquent les garnisons gouvernementales, principalement pour s’emparer d’armes et de munitions, puis se retirent avant l’arrivée des renforts. Cette pénurie empêche les rebelles de tenir des territoires urbains, ils mènent désormais une guérilla.
Le gouvernement a réagi en menant une contre-insurrection, avec ses hélicoptères d’attaque comme deus ex machina capable de le sauver d’un manque criant de légitimité politique et d’une armée non payée et encline à la désertion.
À la mi-avril, un commandant rebelle mécontent m’a téléphoné pour se plaindre. « J’essaie de parler aux diplomates, mais je ne fais que monologuer. Personne ne s’intéresse au Soudan du Sud. » Les aides humanitaires en provenance des pays du Nord se sont effondrées. À Juba, la capitale du pays, les diplomates occidentaux parlent de plier bagage et de rentrer chez eux. L’Union africaine et les autres organismes régionaux sont distraits et dysfonctionnels. Les diplomates font semblant de croire à l’accord de paix qui a mis fin à la dernière guerre civile au Soudan du Sud (2013-2018), tout en reconnaissant qu’il est désormais lettre morte.
Le manque d’intérêt régional et international pour les processus de paix a privé les rebelles d’une source de financement. Les « rebelles en mallette » parcouraient autrefois les capitales de la région à la recherche d’indemnités journalières et de tables de négociation. Il n’est plus possible de vivre de ces processus, et de nombreux groupes rebelles se sont fragmentés. À Addis-Abeba l’été dernier, j’ai rencontré une douzaine de commandants Nuer différents, tous à la recherche de financements étrangers pour leurs petites forces rebelles. Leur situation précaire permet au gouvernement de provoquer facilement des défections, ce qui, ces dernières années, a conduit les communautés Nuer à s’opposer les unes aux autres.
On ne sait pas vraiment s’il faut verser trop de larmes sur les processus de paix au Soudan du Sud. Un accord conclu en 2018 a permis aux rebelles d’intégrer le gouvernement, mais dans le cadre d’un partage du pouvoir qui attribuait les richesses du pays aux chefs de guerre. Très vite, cet accord a volé en éclats. L’un des principaux problèmes était que l’accord manquait de légitimité populaire. Il y avait tellement de politiciens à satisfaire que les postes gouvernementaux, jusqu’aux commissaires de comté, étaient choisis dans la capitale et que ces personnalités n’avaient aucune légitimité politique sur le terrain. En effet, on sélectionnait souvent des candidats faibles au niveau local parce qu’ils n’avaient aucun poids dans leurs communautés, car ces personnalités étaient plus faciles à exploiter.
Depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011, les accords de paix et les initiatives démocratiques se sont succédés sans fin. Les pays étrangers ont investi des milliards de dollars dans la construction de l’État Sud-Soudanais. Le pays est plus pauvre et plus violent à la suite de tous ces investissements, qui ont été détournés par une élite prédatrice à Juba, ou gaspillés dans des ateliers destinés à satisfaire les donateurs à Washington et non les besoins de la population. Le fait que les institutions les plus démocratiques du Soudan du Sud soient aujourd’hui ses milices constitue un constat d’échec accablant des efforts de construction de l’État.
La guerre civile actuelle a éclaté lorsque l’armée sud-soudanaise a affronté l’« armée blanche » locale à Nasir. Les armées blanches sont des milices communautaires Nuer. Issues des jeunes gardes de bétail chargés de protéger le cheptel des communautés pastorales, elles se sont progressivement militarisées pendant la deuxième guerre civile soudanaise (1983-2005), alors que les groupes rebelles tentaient de les coopter comme forces de combat. Cela n’a jamais vraiment fonctionné.
Les Nuer forment une société segmentaire. Chaque section possède sa propre « armée blanche », dont les dirigeants sont choisis par les jeunes et facilement remplacés par une décision démocratique. Comme me l’a confié un combattant en juillet 2025 dans le comté d’Ayod, au Soudan du Sud : « Je suis père, pêcheur, chasseur et combattant de l’armée blanche. Ce n’est pas un métier, mais un devoir envers la communauté. » Contrairement à l’armée de maraudeurs du Soudan du Sud, les armées blanches sont limitées par leurs propres communautés.
Pendant la précédente guerre civile au Soudan du Sud, les chefs rebelles Nuer ont tenté de recruter ces forces comme fantassins, mais sans succès. Les armées blanches étaient intéressées par la défense de leur territoire et n’étaient pas motivées par les luttes de pouvoir à Juba. En juillet dernier, les combattants des armées blanches à qui j’ai parlé se montraient aussi critiques envers l’opposition qu’envers le gouvernement : les deux camps avaient utilisé le prétexte de la construction de l’État pour piller le pays.
Les armées blanches sont capables de s’unir face à des menaces communes, telles que le gouvernement. Ces mobilisations sont défensives et temporaires, mais elles témoignent néanmoins d’une forte tradition de démocratie de base : les dirigeants sont choisis parmi les commandants des armées blanches désignés par les sections locales.
Il ne s’agit pas ici de rédiger une hagiographie des armées blanches. Responsables de crimes de guerre, elles ont violé et rasé tout sur leur passage à travers le territoire de leurs ennemis, tout comme les forces gouvernementales. Elles peuvent également être instrumentalisées par les chefs rebelles et les responsables gouvernementaux, qui achètent leur loyauté temporaire.
Au cours du conflit actuel, des commandants rebelles se sont rassemblés à Gambella pour tenter de s’approprier les armées blanches. Sans ravitaillement extérieur pour séduire les jeunes combattants, leurs avances n’ont pas abouti, et les armées blanches se sont plutôt concentrées sur la protection de leur territoire contre le gouvernement.
Ces milices démocratiques représentent le plus grand espoir de paix. Les accords entre communautés locales ont une longue histoire au Soudan du Sud. Toute injection de capitaux étrangers dans ces efforts tend à entraver leur succès, transformant les processus de paix en une course aux ressources extérieures.
Pour le bien du Soudan du Sud, la communauté internationale devrait cesser de prétendre que ses efforts relèvent de la consolidation de la paix. Les indemnités journalières, les formules de partage du pouvoir et les ateliers visent davantage à satisfaire les opinions publiques étrangères qu’à répondre aux besoins de ceux qui devront réellement vivre avec les conséquences de ces initiatives. Une fois que l’attention et les fonds se seront taris, ce sont les accords locaux et la démocratie de base qui seront susceptibles d’offrir une base plus durable pour la paix.
*Joshua Craze est un écrivain, chercheur et professeur à l’Université de Chicago, spécialisé en anthropologie socio-culturelle et en politique internationale, notamment sur des sujets comme la guerre, la bureaucratie et les crises humanitaires.

Marina Peter v3
© Conférence des évêques catholiques du Soudan (SCBC)
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