Éthique sociale en Église n°82 juillet 2025

1 – La guerre n’est jamais belle et bonne …
Tout d’abord, un regard lucide sur l’actualité : notre monde est traversé de violences, plus encore qu’à d’autres époques. Mais cette réalité risque d’affecter notre jugement moral, au point que le déchaînement des armes exerce une réelle fascination. La force destructrice se trouve mise en valeur, comme si elle était susceptible à elle seule de résoudre les problèmes et d’assurer une paix durable. Certains commentateurs semblent même manifester de l‘enthousiasme ; ils ont récemment salué la bombe la plus puissante du monde, en indiquant même son nom à la manière d’un personnage, et en parlant de « la plus grosse explosion ». Les mêmes saluent la merveille que serait l’avion porteur et son prix en milliards, comme s’il s’agissait d’une œuvre de bienfaisance. Il y a quelque chose d’impudique en de telles expressions ; nous risquons de nous habituer à un tel vocabulaire et de nous mettre à vénérer les machines destructrices.

Certes, le monde est dangereux, il est prudent de se préparer à faire face à des attaques. Mais il faut d’abord redire que les armes sont faites pour tuer et détruire. La guerre porte toujours le malheur, la souffrance et la mort ; on devrait d’abord s’intéresser à d’autres manières de résister. La mobilisation de l’intelligence humaine et des ressources financières serait plus utile au service d’une développement solidaire et durable.

 

2 – Comment faire preuve de courage ?
Certains disent que nous aurions collectivement manqué de courage pour nous préparer à d’éventuels conflits. La lucidité a sans doute fait défaut, en raison d’une croyance naïve dans les vertus du commerce mondial comme fondement d’une belle entente entre les peuples ; on oubliait alors que de graves injustices et l’humiliation de populations préparaient les conflits à venir. Ce qu’on appelait une paix porteuse de dividendes était en fait une fausse paix. Oui le courage a fait défaut pour permettre aux populations les plus pauvres, y compris dans nos pays, d’accéder aux biens élémentaires, à l’éducation, à la santé. On a manqué de courage en organisant des alliances seulement défensives, oubliant de former des alliances positives basées sur le respect mutuel et la solidarité face aux difficultés. On a manqué de courage en laissant les puissants imposer leur loi au détriment du droit international.

Aujourd’hui, gardons-nous de vénérer les autocrates qui méprisent même leur propre peuple, évitons de mettre notre confiance uniquement dans la puissance destructrice des armes. Ne laissons pas les mots au seul usage de ceux qui ne raisonnent qu’en termes de forces ravageuses, qui massacrent les civils et affament les populations. Le mépris de l’humain diffuse une haine contagieuse qui préfigure les conflits de demain.

Il vaut mieux cultiver une espérance active qui nous donne la force de chercher une paix juste, de tisser des solidarités au-delà de nos frontières. Nous avons tous en commun d’être des humains, animés du désir de vivre, nous appartenons tous à une même « famille humaine ». Faisons en sorte que les enfants du monde aient vraiment le droit de sourire à la vie.

 

3 – La faim dans le monde
Nous risquons de nous habituer à ce qu’une partie de notre commune humanité souffre de la faim, comme s’il s‘agissait d’une fatalité, d’un problème insoluble. Il y a le fameux chiffre d’environ 800 millions de personnes en insécurité alimentaire qui devrait être considéré comme une honte collective. On n’ose plus parler des objectifs pour un développement durable (ODD) qui courent jusqu’en 2030, la lutte contre la faim se situant en tête de cet engagement collectif. Le CCFD Terre solidaire alerte sur le fait que 343 millions de personnes dans 74 pays se trouvent en situation d’insécurité aiguë (+ 10% en un an), ce qui veut dire que la croissance des enfants est gravement altérée, et surtout que la vie de ces personnes est en danger. Parmi les causes de ce désastre il y a d’abord les conflits et le bouleversement climatique. De plus, des pays porteurs d’aides se désengagent, pour des raisons idéologiques de politique à court terme (ex. USA), mais aussi pour consacrer des budgets importants aux armements. On oublie alors que les injustices d’aujourd’hui ouvrent la voie aux conflits de demain. Et surtout on laisse de côté la référence majeure que représente la déclaration universelle des droits humains (DUDH) de 1948 qui prend en compte le droit pour chacun à une vie décente. Alors que nous disposons globalement des ressources nécessaires pour nourrir tout le monde, les famines représentent un scandale de premier ordre et une irresponsabilité lourde de dangers.

Ouvrons les yeux sur notre monde, il y a pire encore ! Il existe des tactiques de guerre qui visent à affamer les populations, nous le voyons à Gaza, mais aussi au Soudan. La famine devient une arme. Un tel déni de la dignité humaine se retourne contre ses auteurs, par de telles décisions et de telles pratiques ils disqualifient leur propre dignité.

 

4 – La pauvreté en France
Un chiffre inquiétant : selon l’INSEE, près de 10 millions de Français se situent sous le seuil de pauvreté (moins de 60% du revenu médian, soit 1288 €/mois pour une personne seule). Une dégradation inédite depuis l’année (1996) où l’on a établi ce type de statistiques. Les populations les plus marquées par la pauvreté sont les chômeurs et les familles monoparentales. On risque là encore de n’y voir qu’une fatalité. Or les plus pauvres ne peuvent faire entendre leur voix, tandis que les cercles dirigeants et les groupes de pression s’unissent pour amplifier leur position de force. Tant pis pour les faibles ! Au point que certains deviennent « invisibles », on fait comme s’ils n’existaient pas. C’est ainsi qu’une société se désagrège, en méprisant les valeurs qu’elle inscrit sur ses monuments.

 

5 – L’engagement sociétal
Heureusement, notre pays compte 20 millions de bénévoles au sein d’associations couvrant des activités fort diverses. Certaines organisent le soutien aux personnes et aux familles en difficulté, en associant « aidants » et « aidés » dans une démarche de solidarité active. Les uns et les autres se reconnaissent alors participants d’une même humanité, également dignes. L’invisibilisation des plus faibles n’est pas une fatalité ! À condition que les plus favorisés ne restent pas crispés sur leurs privilèges, prétextant que leur richesse finira bien par ruisseler, de manière mécanique et non humaine.

Il est beau de désirer grandir en humanité, d’apprendre à mener ensemble une vie fraternelle, en commençant par des activités communes et des solidarités effectives. Ce n’est pas réservé à quelques « belles âmes », ce peut être un vrai projet de société. Avis aux candidats !

 

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