Éthique sociale en Église n°91 avril 2026

1 – Le choix des mots
Nous pouvons nous inquiéter de l’usage des mots puisque la justesse des échanges en dépend. Tout d’abord en raison d’un rapport biaisé, voire pervers, à la vérité. Le mauvais exemple vient de haut, avec l’évocation de pseudo « vérités alternatives » qui ne sont en fait que des mensonges le plus souvent grossiers. L’enjeu est celui de la communication : si l’on ne peut plus avoir confiance dans les mots qui sont prononcés, il ne reste que des rapports de force manipulateurs et souvent brutaux. Le mensonge constitue une violence faite bien sûr à la vérité et surtout à autrui qui se trouve privé du droit à une parole ajustée : un tel mépris nourrit les tensions. Certes, toute vérité n’est pas à asséner comme une massue, le respect et la délicatesse sont de mise, au service d’une relation qui permet d’avancer ensemble.

Un pas de plus est effectué lorsque les mots eux-mêmes usent de la violence pour agresser, humilier, déconsidérer : de tristes exemples nous sont donnés, avec des propos aux relents racistes. On peut craindre la banalisation d’un langage qui recourt à l’insulte. Il y a bien le risque d’une régression de la civilisation, avec la jouissance perverse de faire souffrir les personnes qui sont atteintes par de telles flèches verbales. Que ce soit à propos du mensonge ou de l’insulte, celui qui y a recours est le premier à s’abaisser lui-même, à altérer sa dignité humaine tout en abîmant la communauté humaine ; on ne se grandit pas en humiliant autrui, on sème un chaos qui a goût de mort.

Dans la sphère de l’intime comme dans la vie publique, la virulence des mots a vite fait de glisser vers la violence physique, parfois jusqu’au drame. Les mots sont précieux, mais fragiles, à chacun de nous d’en prendre soin pour faire vraiment communauté. La courtoisie dans le langage et le goût de rencontrer les autres cultivent la confiance dans l’ensemble de nos relations.

Des mots qui magnifient la vie.
Dans un bureau, une femme au travail : au bas du tableau une main encore hésitante a écrit « Maman je t’aime » et dessiné un cœur tout rouge…
Hymne de Pâques : Il s’est levé d’entre les morts, le Fils de Dieu notre frère. Ne cherchons pas hors de nos vies à retrouver son passage : il nous rejoint sur nos sentiers.

 

2 – Le poids des images
Nos écrans sont saturés d’images de guerre au point que les mises à mort et les destructions sont présentées comme des victoires. Chaque mort violente multiplie les souffrances, chaque mise à bas d’un édifice appauvrit une communauté. La guerre n’est jamais belle, elle sème le malheur et ouvre la voie à des revanches meurtrières.

Il est toujours temps de se désintoxiquer en se tournant vers la beauté du monde, en se réjouissant avec celles et ceux qui prennent soin des petits, des malades… et même de ceux dont on dit qu’ils vont bien !

 

3 – L’enfant en souffrance
° Nous sommes particulièrement sensibles à la souffrance des enfants. Aujourd’hui, un enfant sur cinq se trouve dans une région du monde marquée par la guerre. Les enfants sont des victimes directes par la mort, les blessures, mais aussi l’affrontement à des violences qui abîment leur goût de vivre au point qu’ils risquent d’envisager l’avenir uniquement sous le mode du conflit, de l’affrontement. Il faut le redire : la guerre est toujours un mal, surtout lorsqu’elle éteint le sourire d’un enfant. Une fillette de Gaza a dit qu’elle préférait mourir plutôt que continuer une vie si malheureuse. Ceux qui ordonnent les massacres ont-ils oublié qu’ils furent des enfants ?

° Selon les études de l’INED, 138 millions d’enfants de 5 à 17 ans se trouvent astreints au travail dans le monde. Ce chiffre ne prend pas en compte le travail domestique qui est principalement assuré par les filles. Une bonne nouvelle : le travail des enfants est en diminution, notamment en Asie et en Amérique du Sud. Malheureusement, la scolarisation stagne et parfois recule, surtout pour les filles, en raison des conflits et des déplacements forcés qu’ils induisent, de la nécessité du travail pour procurer quelques ressources. Un tel frein handicape d’abord les enfants, ils ne peuvent accéder à une éducation qui leur permettrait de grandir en humanité ; il obère aussi l’avenir de leur pays dans la mesure où ils ne peuvent acquérir des compétences susceptibles de servir le bien de tous.

 

4 – Le changement d’heure ! Billet d’humeur à propos de technique…
Depuis 1976, deux fois l’an nous corrigeons l’heure de notre réveil ! Le motif annoncé était celui des économies d’énergie, or elles semblent bien modestes. Les plus anciens se souviennent qu’on présentait ces changements d’heure comme des prouesses techniques, celles-ci semblant être une légitimation remarquable. Depuis, les soignants ont mis en lumière les multiples dommages d’une telle pratique pour la santé, notamment chez les enfants. Mais défaire ce qui a été fait semble au-dessus du possible, nous continuons donc à nous faire du mal sans raison… Retenons la leçon : la logique technocratique risque d’imposer telle ou telle pratique, sans avoir anticipé les dommages qu’elle va engendrer. Et une fois qu’elle a été mise en œuvre, on a quelque pudeur à revenir en arrière, ce qui semblerait une manière de se déjuger. Alors on continue, même si ça fait plus de mal que de bien. Méfions-nous de ce qui peut être présenté comme une prouesse technique… Notamment lorsqu’il s’agit d’armes destinées à tuer. On peut aussi interroger les envolées dans l’espace, vers la lune ou plus loin encore. Est-ce le plus urgent quand les pauvretés continuent d’augmenter sur notre terre ?

 

5 – Le beau travail des chercheurs
° Réjouissons-nous des capacités d’intelligence humaine qui sont mobilisées dans les différents domaines de la recherche. Sans dévaluer le travail des autres disciplines, on peut saluer tout particulièrement les belles avancées en matière de santé : avec des moyens souvent limités, la recherche avance à grands pas pour le bien de tous. Dans notre pays l’accès aux soins n’est pas réservé à ceux qui disposent de revenus importants : il s’agit d’une richesse collective dont il faut garantir l’avenir.

° Un salut amical aussi aux nombreux chercheurs qui travaillent dans le domaine de l’écologie afin que les nouvelles générations ne se trouvent pas confinées en un monde abîmé surchauffé, pollué. Leurs découvertes sont précieuses, ils ne feront pas de miracles : une terre bonne à vivre dépend d’abord de nos choix actuels, allons-nous continuer à détruire ou au contraire développer notre capacité à prendre soin ?

Téléchargez le n°91-avril-2026 (PDF)