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Ethique sociale en Église n°97 octobre 2026

1 – Peut-on parler de civilisation ?

Oui, sans doute, à condition de s’expliquer.

+ D’un côté, il s’agit de caractériser les manières de penser et d’agir d’une population, le terme« culture » est aussi employé en ce sens, sans jugement de valeur a priori. On note alors qu’il y a différentes civilisations au sein de notre monde. Certains parleront alors de choc des civilisations, tandis que d’autres mettront l’accent sur un enrichissement grâce aux interactions entre les différentes civilisations, chacune pouvant offrir ce qu’elle comporte de meilleur. Mais une question se pose alors : appartenons-nous tous à une commune humanité ? Ce qui n’est pas toujours évident quand l’accent est mis sur des différences irréductibles.

+ D’un autre côté, le terme civilisation est retenu par opposition à la barbarie, celle-ci étant considérée comme un état de nature sans culture, voire de « sauvagerie ». On évalue alors la qualité humaine des modes de vie de telle ou telle société. Une question apparaît tout de suite : chaque groupe est tenté de s’ériger comme le modèle et d’évaluer les autres à partir de son propre vécu. Que peut-on retenir comme critères d’évaluation ? Prenons un exemple du passé. Jules Ferry, républicain convaincu, légitimait la colonisation puisque les « races supérieures » ont le droit et même le devoir de s’imposer vis-à-vis des « races inférieures ». Exerçant le pouvoir politique, il cautionnait également l’expansion coloniale au nom d’intérêts économiques, mais aussi de la puissance qui se manifestait ainsi face à d’autres empires. On voit bien le piège : en évaluant les différentes civilisations nous risquons toujours de le faire en nous présentant comme le modèle universel. La puissance économique et/ou politique sert alors à imposer certains modes de vie, ce peut être de manière brutale ou en exerçant le fameux soft power (influence culturelle). Si l’on en revient à la colonisation, les pillages, les violences et les crimes commis en son nom ne pouvaient pourtant pas être légitimés au motif d’une vision humaniste de la civilisation.

+ Aujourd’hui, les capacités de communication permettent des rencontres entre différentes cultures, mais ce peut être sous le mode de rapports de force brutaux, en raison d’intérêts matériels et/ou de pouvoir symbolique. Cependant, chacun se trouve de fait au carrefour de diverses cultures et donc appelé à un discernement éthique : Qu’est-ce qui sert la vie ? Qu’est-ce qui nous humanise ? Sinon, il y a toujours le risque du repli sur une identité sectaire, voire violente. Des échanges peuvent avoir lieu et permettre des enrichissements mutuels, pensons à
un organisme comme l’UNESCO : en limitant ses actions nous nous appauvrissons.

2 – Le désir de civilisation à l’épreuve de situations concrètes…

+ En Corée du Sud, il se vend plus de poussettes pour chiens que de poussettes pour enfants. Qu’est que cela dit du désir d’avenir pour une population ? Quel projet de vie ? + En Somalie, et en d’autres pays, des millions de personnes, notamment des enfants, sont menacées par la famine. Il y a des raisons climatiques dont nous sommes responsables pour une part, mais c’est surtout la suppression d’aides internationales qui prive les ONG de leurs moyens d’action. Quelle civilisation quand on prive des populations de leur droit à la vie ?

+ Aux USA, une femme condamnée à mort a subi deux tentatives d’exécution, sans résultat. Quelle civilisation paraît quand la barbarie de la peine de mort se double d’incompétence ?

+ Dans notre pays, quand on parle d’immigration, on oublie souvent de rappeler comment des personnes venues d’ailleurs contribuent à notre vie quotidienne. Quelques exemples significatifs de cette participation à l’activité. Dans les EHPAD, ces personnes assurent les soins au quotidien avec d’autant plus d’attention que leur culture les rend attentives à la place des personnes âgées au sein de la vie commune. Les services de nettoyage dépendent largement d’actifs issus de l’immigration, si nous vivons dans un environnement propre cela dépend en bonne part de personnes que nous ne voyons pas puisqu’elles travaillent tard le soir et tôt le matin. C’est vrai aussi dans la restauration, notamment pour les travaux les moins reconnus. Cela concerne des services peu valorisés, y compris du point de vue des salaires. Pourtant il s’agit de soins aux personnes fragiles, de propreté, de nourriture… autant d’activités nécessaires à notre qualité de vie au quotidien. Quand l’idéologie empêche de regarder lucidement ce qui est en jeu, la méfiance et la violence s’installent. Dans les débats électoraux, soyons attentifs aux raccourcis réducteurs, aux simplifications outrancières qui ouvrent la voie au rejet de l’autre alors que nous profitons de son activité.

3 – Les appels à la paix du pape Léon

Des foules importantes se sont rassemblées autour du pape lors de sa venue en notre pays, dans le calme et la sérénité. Il y avait sans doute l’attente d’une parole qui éclaire sur les choix de vie tant personnels que collectifs. Depuis son élection, Léon a toujours appelé à servir la paix. Les conflits violents mettent en danger notre civilisation humaine, avec le mépris de la vie humaine et la désignation de l’autre comme un ennemi à abattre. Le pape a montré une qualité de présence aux personnes, notamment envers celles qui sont marquées par la fragilité
et la souffrance. La paix commence au coeur de notre vie quotidienne.
Il a mis en avant une « civilisation de l’amour ». Une expression qu’on aurait tort de prendre pour une naïveté. Nous en sommes capables si nous prenons au sérieux notre désir de paix, sous le signe d’un choix de l’alliance et non de la confrontation à tous les niveaux. À Paris, il a mis l’accent sur la soif de sens et de vérité. À Metz, il a rappelé la valeur de la parole donnée : quand le mensonge s’installe, la confiance est bafouée et les relations deviennent barbares. Nous sommes capables d’actes et de paroles de soutien mutuel et de réconfort. Ouvrons largement l’espace au goût de fraternité qui nous habite.

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