L’arme nucléaire, un enjeu de puissance réactivé

Un pays ruiné à cause de sa quête de l’arme nucléaire. C’est l’une des façons de voir la guerre déclenchée il y a un mois par les États-Unis et Israël contre l’Iran. La République islamique cherche en effet depuis plusieurs décennies à se doter des capacités de fabriquer l’arme atomique. Elle l’envisage comme un moyen d’exercer une forme de suprématie sur le Moyen-Orient et d’instaurer un rapport de force équilibré avec l’État hébreu – lui-même considéré comme une puissance dotée même s’il entretient un doute stratégique sur son armement.

Déterminée à atteindre son objectif, le régime de Téhéran a démultiplié depuis dix ans ses capacités d’enrichissement d’uranium. Selon l’Agence internationale pour l’énergie atomique, l’Iran détenait en 2025 un stock de 440 kg d’uranium enrichi à 60 %. Il était sur le chemin de devenir un pays dit du seuil, c’est-à-dire disposant de la technologie, des compétences et des quantités radioactives nécessaires pour se doter rapidement de bombes nucléaires. Pour réduire, sinon détruire, cette menace jugée existentielle, Israël a décidé d’intervenir militairement, convaincant les États-Unis d’apporter leur soutien.

Au-delà de ses répercussions régionales et mondiales, du fait de l’impact sur les prix des hydrocarbures, cette guerre manifeste l’enjeu stratégique que représente le nucléaire dans les rapports de force militaires internationaux. La Russie en fournit un autre exemple. En 2022, dès le début de l’invasion de l’Ukraine, le président Vladimir Poutine a mis en garde les pays de l’Otan contre toute interférence dans ce conflit en invoquant le risque de représailles atomiques. Il s’est allié dans ce conflit avec la Corée du Nord, considérée comme une puissance nucléaire depuis 2009 [1], et bénéficie aussi du soutien économique et diplomatique de la Chine, qui renforce son arsenal à marche forcée. L’adossement réciproque de ces trois régimes dictatoriaux les uns aux autres est lourd de menaces.

L’environnement stratégique change donc rapidement en Asie, tandis qu’en Europe, le système de sécurité bâti depuis 1949 autour de l’Alliance atlantique est fragilisé par la prise de distance des États-Unis sous Donald Trump. Le président américain considère les Européens comme des compétiteurs déloyaux et des adversaires idéologiques. À Berlin, Varsovie ou Londres, on s’inquiète à voix haute sur la fiabilité du parapluie nucléaire américain. Ces interrogations sont d’autant plus vives que les traités américano-russes qui permettaient de freiner ou de réguler la course aux armements ont été abandonnés l’un après l’autre.

C’est dans ce contexte que la France fait évoluer sa stratégie. Le président Emmanuel Macron a prononcé le 2 mars 2026 un discours important sur le site de l’Île-Longue (Finistère) abritant les sous-marins de la force stratégique. Il a annoncé un « rehaussement » de l’arsenal nucléaire français et proposé une plus grande prise en compte des attentes de protection d’autres pays européens. « Pour être libre, il faut être craint ; pour être craint, il faut être puissant ; pour être puissant, il faut être uni », a-t-il résumé. La France se pose donc en puissance capable de contribuer davantage à la sécurité du continent, en assurant que sa force de dissuasion vise à garantir la paix.

[1] Neuf pays sont reconnus comme des puissances nucléaires : États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni, Inde, Pakistan, Corée du Nord et Israël.

Illustration : Sous-marin nucléaire. @fr.wikipedia.org