Les Papous : quel avenir ?

L’arrivée de Prabowo Subianto à la présidence de l’Indonésie marque le retour du pays à l’autoritarisme, comme ce fut le cas durant les trois décennies de dictature du général Soeharto (1967-1998).

Une nouvelle loi sur la double fonction de l’armée indonésienne a été récemment adoptée, permettant une plus grande implication militaire dans le domaine civil. Cent jours après l’investiture du nouveau président le 20 octobre 2024, Amnesty International a recensé au moins 17 cas d’exécutions extrajudiciaires commises par la police et l’armée indonésienne. Parallèlement, la Commission pour les personnes disparues et les victimes de violence (KontraS) a signalé 136 cas de torture sous toutes ses formes.

Vu le passé de cet ancien général des forces spéciales indonésiennes (Kopassus), gendre de Soeharto, aujourd’hui âgé de 73 ans, il n’y a rien d’étonnant à ce que toutes ces exactions soient commises sans une condamnation équivalente à la gravité des faits.

Prabowo est fortement soupçonné d’avoir orchestré l’enlèvement et la répression de plusieurs militants pro-démocratie indonésiens à la fin des années 1990. Déjà, jeune officier pendant l’occupation indonésienne du Timor oriental (1975-1999), il était connu pour sa cruauté. Son bilan est identique en Papouasie occidentale, territoire annexé par l’Indonésie en 1963, toujours en conflit à ce jour.

L’élection de Prabowo sonne la probable disparition du peuple papou. Ce dernier, aujourd’hui minoritaire sur sa terre, risque d’être encore plus marginalisé par les projets stratégiques du président indonésien.

5 millions d’hectares de forêts en Papouasie occidentale, d’une superficie aussi grande que celle de la Suisse, seront convertis en rizières et plantations, notamment de palmiers à huile et de canne à sucre !

A cela s’ajoute le programme de transmigration, qui n’est autre que l’installation massive, soutenue par l’Etat Indonésien, de colons venus des îles surpeuplées comme Java et les Célèbes. Le projet visant à développer un million d’hectares de rizières à Merauke, en Papouasie du Sud, nécessite au minimum deux millions de travailleurs agricoles supplémentaires.

Des milliers de soldats ont été envoyés par Jakarta pour réprimer toute résistance de la population indigène. Emanuel Gobay, directeur de l’Institut d’aide juridique de Papouasie (LBH Papua), estime qu’il existe actuellement 50 000 militaires indonésiens dans toutes les provinces, soit un militaire pour une centaine d’habitants !

Certes, cette hypermilitarisation est source de terreur chez les autochtones, mais elle suscite conséquemment une grande résistance. Celle-ci s’organise parfois de manière violente.

Compte tenu de l’escalade du conflit dans la région, qui a déjà vu environ 500 000 Papous tués depuis 1963, le dialogue semble être la seule voie vers une résolution durable.

L’espoir d’une négociation entre Jakarta et la Papouasie occidentale est apparue en 1999, lorsque des représentants papous connus sous le nom d’« Équipe des Cent » rencontrèrent le président indonésien de l’époque, BJ Habibie, à Jakarta. Malheureusement, à ce jour, rien ne s’est concrétisé.

Les appels du Réseau Papouasie pour la paix (JDP) fondé par feu le père Neles Tebay (1964-2019) pour résoudre les quatre racines du conflit papou[1] telles que définies par l’Institut indonésien des sciences (LIPI), n’ont toujours pas été entendus.

Au contraire, sans aucun sentiment de culpabilité pour les violations passées, le gouvernement indonésien actuel semble déterminé à ignorer le terreau de la violence.

En tant que catholique, je réfléchis à ce que l’Église peut faire pour trouver une issue à cette impasse : des quatre racines du conflit papou décrites par LIPI, la première met en évidence le biais historique du statut politique de la Papouasie.

En effet, la Papouasie constitue dès le début un problème international. Par conséquent, la résolution doit être effectuée par les parties en conflit conformément au droit international, avec la participation d’un tiers neutre. À cet égard, il me semble que le Saint-Siège pourrait jouer un rôle de médiateur.

De plus, vu le nombre croissant de déplacés et réfugiés papous, je pense qu’une visite de la Commission des droits de l’homme de l’ONU est urgemment nécessaire. En décembre 2024, Human Rights Monitor a estimé que le nombre de civils déplacés a dépassé les 85 000 dans toute la Papouasie.

Le conflit entre l’Armée nationale indonésienne (TNI) et l’Armée de libération de la Papouasie occidentale (TPN-PB) n’a jamais été aussi violent. Si un cessez-le-feu n’est pas possible, alors l’application du droit humanitaire constitue un minimum.

[1] Les quatre racines du conflit papou :

  1. Confusion sur l’histoire et le statut politique de la Papouasie.
  2. Discrimination et racisme contre les Papous.
  3. Violations flagrantes et répétées des droits de l’homme.
  4. Développement axé sur les intérêts de l’État indonésien et non des Papous.