Magnifique Humanité
La tentation pourrait être de lire « Magnifica humanitas » comme un texte essentiellement éthique sur les dangers de l’IA. Outre le fait de nous aider à entrer dans la continuité de Laudato si’ et Fratelli tutti du pape François, l’édition commentée nous permet d’aborder l’encyclique comme un véritable outil de discernement communautaire ancré dans la doctrine sociale de l’Église. Elle met en lumière le point central de la réflexion : comment les progrès technologiques deviennent une question anthropologique et politique.
Le chapitre 5, « La culture du pouvoir et la civilisation de l’amour », dernier volet de l’encyclique, semble abandonner la seule réflexion sur l’IA pour aborder la guerre, les armes autonomes, le multilatéralisme et la paix. Sujets au cœur de la réflexion portée par Justice et Paix. Les notes sont précieuses pour lire cette dernière partie non comme une diversion mais comme un aboutissement de la réflexion. Nous sommes invités à entrer dans la logique proposée et suivre l’enchaînement qui en découle : technique, pouvoir, conception de l’homme, conception de la paix. La simple question « Peut-on laisser une IA décider de tirer ? » devient alors « Quelle conception du pouvoir et de l’homme autorise à déléguer la violence à la technique ? »
Les notes mettent parfaitement en évidence l’opposition entre culture du pouvoir et civilisation de l’amour en ne la limitant pas à une formule spirituelle mais en la replaçant dans la Doctrine sociale de l’Église. Ce qui met en évidence deux logiques opposées. La culture du pouvoir est maîtrise, domination, efficacité, rapport de force. La civilisation de l’amour propose en revanche la justice, la fraternité, le dialogue, la responsabilité et la recherche du bien commun ; un véritable projet de société et de politique internationale. Le multilatéralisme peut alors être compris comme une conception du bien commun mondial. Les commentaires permettent aussi et surtout d’entrer dans le poids des mots. Ce qui pourrait être entendu comme un appel à la paix devient un discernement sur les conditions politiques de la paix et la dénonciation de la guerre pose avant tout une réflexion sur le rapport entre technique, pouvoir et responsabilité.
La réflexion communautaire ne peut cependant se nourrir que d’un discernement personnel. Devant toujours plus de technique, comment exerçons-nous notre responsabilité pour protéger et faire grandir cette magnifique humanité crée et voulue par Dieu ? Quel type de société voulons-nous construire et quelle place voulons-nous accorder à la personne humaine ?




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