Israël et Palestine, un désastre sans fin ?

En 1967, à l’issue de la guerre des six jours, Israël occupait la bande de Gaza et la Cisjordanie. Au fil des ans, la situation ne s’est guère améliorée, loin de là. Les réactions et le silence de la communauté internationale n’ont pas permis de changer le cours de l’histoire. Va-t-on assister à une disparition définitive de la Palestine ou bien au respect enfin de l’état de droit, qu’il soit avec la création sur les frontières de 1967 d’un état palestinien de plein droit, ou avec la création d’une démocratie non confessionnelle où les droits de tous seront promus et respectés ?

Une réalité tenace
En plus de 50 ans et avec le projet résolu d’un grand Israël dans la tête des dirigeants qui se sont succédés, les autorités politiques, judiciaires, administratives et militaires israéliennes ont consolidé le contrôle des territoires occupés, démantelant le territoire palestinien en une multitude d’enclaves ne communiquant pas entre elles, et détruisant son tissu social, culturel et économique. L’accaparement des terres palestiniennes, la confiscation de l’eau et la colonisation de la Cisjordanie, y compris Jérusalem Est, n’a cessé de provoquer des déplacements forcés par les démolitions de maisons et des expropriations alors que les demandes de permis de construire sont quasi systématiquement refusées. Aujourd’hui, plus de 250 colonies sont établies en Cisjordanie avec une population qui dépasse 600 000 colons israéliens. L’annexion de Jérusalem Est, contraire au droit international, est un fait depuis 1980. Elle se poursuit tous les jours par des expropriations y compris dans la vieille ville, ou comme à Cheikh Jarrah en mai dernier. L’annexion de l’essentiel de la vallée du Jourdain avait été annoncée par Netanyahou qui en était resté là devant les protestations internationales, attendant d’autres opportunités. La vallée du Jourdain est déjà pratiquement annexée. La bande de Gaza a été transformée en une immense prison.

Carte conceptuelle de la Palestine et d’Israël selon
le plan de paix 2020 de Donald Trump.
Benyamin Netanyahou accepte le plan,
tandis que Mahmoud Abbas refuse
toutes négociations en ces termes.

Avec l’arrivée d’un nouveau gouvernement, on aurait pu penser qu’il y aurait un infléchissement de cette politique. La politique israélienne reste axée sur l’extension de l’État Juif sur l’ensemble des territoires qu’il contrôle. La réalité du terrain confirme d’une part la poursuite, voire l’accroissement de la discrimination des populations non-juives – certains parlent d’« apartheid » – et en outre l’impossibilité concrète de la création d’un état palestinien souverain doté de tous ses droits.

« Les autorités israéliennes commettent des crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution » a déclaré Human Rights Watch dans un rapport d’avril 2021. « Cette conclusion se fonde sur une politique globale du gouvernement israélien qui vise à maintenir la domination des Israéliens juifs sur les Palestiniens, et sur de graves abus commis contre les Palestiniens vivant dans le territoire occupé, y compris Jérusalem-Est. »

La désespérance des populations parquées dans leurs quartiers, leurs villages et villes, dans ce qui s’apparente à des « bantoustans »,  se traduit par beaucoup d’angoisses et de résignation, l’absence d’avenir liée aux difficultés d’éducation des jeunes, mais aussi par des actes de rébellion et des éruptions de violence quasi quotidiennes dont la plus forte cette année aura été la guerre de Gaza en mai dernier.

Le monde politique au niveau local comme au niveau international semble incapable de trouver les voies d’une résolution pacifique aux violences et au conflit. Localement, le déséquilibre est si grand entre les autorités israéliennes et palestiniennes qu’aucune initiative ne peut être prise sinon par Israël. La communauté internationale s’est habituée à cette situation qui dure depuis si longtemps, et malgré les accords d’Oslo de 1995, elle semble se désintéresser de l’évolution en cours. Les accords d’Oslo, qui ont créé les 3 zones de ce qui apparaît aujourd’hui comme un démembrement de la Palestine, prévoyaient la création d’un État palestinien en 2000. Nous sommes en 2021 et rien ne laisse entrevoir cette création, bien au contraire. Israël continue de « coloniser » quotidiennement pour intégrer l’essentiel des territoires occupés de Cisjordanie.

Et pourtant, le « conflit » israélo-palestinien est politique, il implique une puissance occupante et un peuple occupé. Il y faut donc trouver une solution politique et celle-ci doit reposer sur l’application du droit international. Les paramètres d’un règlement sont connus, les résolutions des Nations Unies, le principe de l’échange de la terre contre la paix, la feuille de route du Quartet[1], l’initiative arabe de paix en ont fixé le cadre. La solution est dans la création d’un état palestinien sur les frontières de 1967 avec Jérusalem Est comme capitale.

Comment sortir de l’impasse ?
La communauté internationale ne doit pas se désintéresser d’une situation qu’elle a contribué à créer, qui n’est plus dans les médias au quotidien et qui est tellement enfoncée dans ses travers qu’elle suscite plus de sentiment d’incapacité à agir que de volonté de trouver enfin une solution juste. D’autres intérêts entrent en jeu et conduisent notamment au refus de sanctionner Israël par la suspension des accords d’association lui conférant un statut de partenaire commercial et économique privilégié par exemple.

À la suite des accords intérimaires sur la Cisjordanie
et la bande de Gaza, les Territoires palestiniens
occupés ont été scindés en trois zones.
Les zones A et B (en rouge), dites « autonomes »
sont gérées civilement par l’Autorité palestinienne
et la zone C (hachurée), incluant les colonies israéliennes
et Jérusalem-Est est administrée par Israël.

Cette politique impunie d’Israël a été régulièrement condamnée par les Nations Unies avec l’adoption au Conseil de sécurité de multiples résolutions dont la 2334 de décembre 2016 qui demandait à Israël de « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et de respecter toutes ses obligations légales dans ce domaine ». Depuis des années, les diplomates européens lancent, de manière de plus en plus alarmante, le même avertissement : le développement constant de la colonisation, à Jérusalem-Est comme en Cisjordanie, met en péril mortel la «solution à deux États», seule proposition diplomatique avancée à ce jour pour résoudre, par la négociation, le conflit israélo-palestinien.

« Neve Shalom (נווה שלום) – Wahat as-Salam (واحات أس سلام) » – « Oasis de Paix »
en hébreu et en arabe – un village établi conjointement
par des Juifs et des Arabes palestiniens,
tous citoyens d’Israël. L’activité principale
du village est le travail éducatif pour la paix,
l’égalité et la compréhension entre les deux peuples.

Des organisations de la société civile, palestinienne comme israélienne, continuent de se battre pour une reconnaissance de l’égalité des droits de chacun et proposent des actions d’information et de mobilisation citoyenne concrète. Car comme en Afrique du sud, il y a quelques décennies, les pressions qu’exercent les citoyens pourraient changer la donne. Des campagnes sont menées en ce sens dans le monde comme « Made in illegality » ou encore « don’t buy into occupation » qui ciblent les produits des colonies créées sur des terres palestiniennes de manière illégale selon le droit international. Des associations cherchent à promouvoir le rejet de la violence des deux côtés et le vivre ensemble, seule voie de sortie possible dorénavant.

Accélération de la colonisation, nouvelles restrictions à la circulation des biens et des personnes pour écraser l’économie et l’agriculture palestiniennes, oppression accrue – notamment via les démolitions –, contrôle de plus en plus exclusif des ressources et du pouvoir local par l’armée israélienne et les colons, et ancrage de l’apartheid sont autant de conséquences soulevées, notamment, par l’ONG israélienne Yesh Din.

Israël a le devoir de mettre un terme à l’occupation. Mais puisqu’il ne s’y emploie pas, alors il est du devoir de tous de considérer et travailler à des alternatives. Même si cela paraît utopique, l’une d’entre elles ne serait-elle pas la création d’un état unique pour les deux peuples, avec un gouvernement représentatif et une égalité de droits pour tous les habitants, une démarche qui fasse sortir les peuples de cette région de l’opposition dans laquelle ils ont été placés par la violence et qui permette aux forces de paix de proposer et mettre en œuvre une solution pacifique ? Cette Terre sainte et la Jérusalem sainte où devraient se retrouver tous les croyants en un Dieu unique en valent bien la peine.

 

La Paix est-elle possible ?

est le titre d’un livre de la commission Justice et Paix de Terre sainte. Il présente la place et le rôle des Chrétiens de Terre sainte dans la promotion du vivre ensemble et de la paix. À lire ici sur le site justice-paix.cef.fr

Illustrations : © https://commons.wikimedia.org et © https://fr.wikipedia.org 

[1] Le quartet est composé des USA, de la Russie, de l’UE et des Nations Unies.