7-Le travail de la Commission Diocésaine Justice et Paix de Bentiu
La première évangélisation de la région de Bentiu date de 1925. L’Église a donc fêté ses 100 ans l’année dernière. Le diocèse de Bentiu, qui se situe dans le Unity State, a été créé il y a 2 ans en 2024 par le pape François. C’est le plus jeune diocèse du plus jeune pays du monde. Il s’étend sur un territoire comparable à la superficie des Hauts-de-France et de la Seine-Maritime, avec une population d’environ 1,2 million d’habitants, dont 55 % sont catholiques. À ceci s’ajoutent plus de 500 000 personnes déplacées ou réfugiées, dont une grande partie dans un camp à Ruweng. Le diocèse compte 7 paroisses, l’animation pastorale est assurée par 11 prêtres dont 4 religieux, 2 frères religieux, environ 450 catéchistes et une communauté des sœurs de Mère Teresa qui vient de s’installer. Or, le pays est à nouveau en proie à la violence armée et fait face à de grands enjeux politiques, économiques et écologiques.
Le conflit au sein de l’Unity State avec la zone administrative de Ruweng trouve son origine dans des différends territoriaux, administratifs et liés aux ressources. Les frontières sont contestées, notamment les terres et les cartes, dans les comtés d’Abiemnhom, de Pariang et de Rubkona. L’agriculture et les champs pétrolifères de Ruweng sont fortement disputés par les communautés voisines dans l’Unity State. Un cycle brutal de vols de bétail, d’enlèvements et de meurtres en représailles, continue de détruire des vies et la confiance entre les communautés frontalières.
La Commission Justice et Paix (CDJP) du diocèse de Bentiu est un organe pastoral et social de l’Église catholique qui œuvre à la promotion de la justice, de la paix, de la dignité humaine et de la réconciliation entre les communautés. Elle est dirigée par son évêque Christian Carlassare. Guidée par les valeurs de l’Évangile et la doctrine sociale de l’Église, la Commission s’emploie à bâtir une société fondée sur le respect des droits humains, la coexistence pacifique et le développement durable.

C’est dans ce contexte que nous nous efforçons, malgré nos moyens limités, de promouvoir l’unité, de renforcer la cohésion sociale et de contribuer à une paix et un développement durables au Soudan du Sud. Les thématiques couvrent des domaines allant de la consolidation de la paix, la résolution des conflits, l’éducation civique, la sensibilisation aux droits humains, le dialogue communautaire au plaidoyer en faveur des populations vulnérables, notamment les personnes déplacées internes, les rapatriés, les femmes, les jeunes et les enfants.
Cinq thèmes nous tiennent particulièrement à cœur pour lesquels nous avons mis en place formations, ateliers et des programmes de proximité dans le but de créer ou renforcer le pouvoir d’agir des communautés locales pour devenir elles-mêmes actrices de paix, de réconciliation et de transformation sociale :
La médiation intercommunautaire : le diocèse œuvre activement au rapprochement entre les Dinkas de Ruweng et les Nuers de Unity State par la facilitation des dialogues de paix, suivant un plan élaboré par la commission.
Comités conjoints de paix : le diocèse collabore avec les autorités locales et la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) au sein de comités conjoints de consolidation de la paix afin de traiter les griefs à la base et d’harmoniser les relations.
Plaidoyer et désarmement : Mgr Christian Carlassare dénonce fréquemment les violences de représailles, incitant les responsables à passer des concepts abstraits de paix à des pratiques concrètes et quotidiennes de réconciliation. Et nous, dans nos paroisses, nous nous y associons sans relâche.
Guérison des traumatismes : L’Église apporte un soutien matériel et spirituel aux familles déplacées dans le but de guérir les blessures intergénérationnelles et de favoriser la résolution non violente des conflits, car la violence a affecté la vie psychologique des personnes concernées.
Le dialogue communautaire : afin d’encourager des initiatives futures pour la paix, nous réunissons les chefs traditionnels, les jeunes, les femmes, les chefs religieux et les autorités locales pour faciliter les discussions pacifiques sur les conflits, mener des campagnes de sensibilisation à la paix, promouvoir l’éducation civique à la coexistence pacifique, sensibiliser aux droits et aux responsabilités de la personne, former les jeunes à la paix et les préparer à devenir ambassadeurs de paix, promouvoir la résolution non violente des conflits, encourager la participation des femmes aux processus de la consolidation de la paix, favoriser la médiation et les processus de réconciliation traditionnels et religieux, et contribuer à la guérison des relations entre les communautés en conflit.
Toutes ces préoccupations présentent des occasions de collaboration avec les autorités locales, les institutions gouvernementales, les chefs traditionnels et les organisations de la société civile.
La CDJP s’efforce de remplir son rôle d’actrice de paix. La paix ne se limite pas à l’absence de violence, mais englobe la justice, le dialogue et le respect mutuel. Nous restons déterminés à accompagner les communautés dans la construction d’une paix et d’une réconciliation durables.


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