Cuba : entre crise et espoir
Ces derniers jours, Cuba fait la une des médias et, souvent, on assiste à des analyses et des jugements hâtifs, superficiels, partiaux ou réducteurs. D’autres fois, on parle de Cuba avec des points de vue influencés par des idéologies ou des schémas dépassés. La nostalgie de mai 1968 ou les fantômes de la « guerre froide » continuent de tenter de soutenir un mythe sur Cuba qui s’est effondré depuis des années sous le poids de la réalité.
Je vais tenter de me pencher sur cette même réalité à Cuba aujourd’hui, là où je vis, en tant que Cubain chrétien, et où je travaille en tant que directeur du Centre d’études Convivencia (www.centroconvivencia.org), le premier groupe de réflexion indépendant à Cuba, né de mon expérience en tant que membre du Conseil pontifical « Justice et Paix ».
La réalité économique de Cuba aujourd’hui peut être décrite comme une crise terminale accompagnée d’une « défaillance multiviscérale », dont la cause principale réside dans le modèle économique centralisé, étatiste et dépendant d’énormes subventions extérieures, provenant d’abord de l’Union soviétique, puis, jusqu’au début de l’année 2026, du Venezuela. Attribuer la crise agonisante actuelle à l’embargo américain et non à l’échec du modèle totalitaire relève d’un de ces biais idéologiques. Deux causes principales sont à l’origine de cette crise jusqu’en 2025 : l’inefficacité du modèle et la cessation des subventions. L’embargo pétrolier des derniers mois de 2026 a aggravé ce qui ne fonctionnait déjà plus.
La réalité politique actuelle de Cuba se caractérise par l’épuisement de l’idéologie marxiste-léniniste, imposée par un régime totalitaire ; par l’absence d’un projet politique renouvelé, pragmatique et non autoritaire ; ainsi que par le manque de dirigeants politiques intègres, capables de mobiliser les masses et animés d’une vocation démocratique. À tout cela s’ajoute l’effondrement des structures politiques dû à l’abandon de l’idéologie et des mythes qui ont donné naissance à ce projet politique désormais épuisé. Les manifestations croissantes qui ont éclaté à partir du 11 juillet 2021 dans toute l’île témoignent de la situation politique que traverse actuellement Cuba.
La réalité sociale cubaine se caractérise par des taux croissants d’extrême pauvreté, le manque d’électricité, d’eau potable, de denrées alimentaires de base et de médicaments indispensables, le manque de logements, l’effondrement des transports et des communications, ainsi que la détérioration des systèmes de santé et d’éducation. Tout cela, conjugué à l’absence de projet de vie, à la répression croissante de toute dissidence et au refus de toute évolution face à la nécessité de changements structurels, a entraîné une détérioration sociale notable, une augmentation de la corruption et un effondrement des valeurs morales et civiques. Tout cela a provoqué un exode massif et imparable qui a réduit la population de l’île de plus de deux millions d’habitants.
Mais le problème le plus grave et le plus durable de Cuba est le préjudice anthropologique causé par le totalitarisme, que j’ai défini comme « l’affaiblissement, la lésion ou la rupture des facultés cognitives, émotionnelles et volitives, ainsi que des dimensions éthique, sociale et spirituelle de la personne humaine, en tout ou en partie, selon le degré de détérioration ou de perturbation causé, bien que l’essence de la personne humaine et sa dignité soient toujours préservées ». La famille et l’Église auront une mission importante et indispensable dans la guérison de ce préjudice infligé à la personne humaine.
Plusieurs signes d’espoir commencent à annoncer l’aube d’une nouvelle étape dans l’histoire de Cuba. En voici quelques-uns : un éveil de la conscience critique chez les citoyens ; l’effondrement des mythes de la révolution ; un regain d’intérêt pour le spirituel transcendant ; l’identification des responsables de cette catastrophe existentielle ; une renaissance de la société civile ; une plus grande disposition des Cubains de la diaspora à contribuer à la phase de reconstruction du pays ; le sentiment que le changement systémique et structurel est plus proche ; et un exercice de prospective stratégique qui, pour la première fois depuis 11 ans, vise à réfléchir, anticiper et planifier l’avenir démocratique de Cuba.
Cet exercice a été mené par le Centre d’études Convivencia avec des penseurs, des universitaires et des citoyens vivant sur l’île et dans la diaspora. Dans de prochains articles, nous pourrions présenter les visions et les propositions que ce groupe de réflexion publie sur www.centroconvivencia.org/propuestas et qu’il propose à tous ceux qui souhaitent œuvrer à la reconstruction de Cuba.
*Dagoberto Valdés Hernández (Pinar del Río, Cuba, 1955)
Docteur en sciences humaines de l’Université Francisco de Vitoria, 2025.
Master en action politique de l’UFV, 2019.
Fondateur et directeur du Centre de Formation Civique et Religieuse et de sa revue Vitral (1993-2007)
Fondateur et directeur du Centre d’études Convivencia et de sa revue Convivencia (2007-)
Membre du Conseil pontifical « Justice et Paix » (1999-2007).
Parmi ses ouvrages publiés : « Reconstruire la société civile : un projet pour Cuba » (1997) ; « Cuba : Liberté et Responsabilité » (2005) ; « Éthique et civisme » (2014) ; « Le préjudice anthropologique à Cuba et sa guérison » (2026).

© Dagoberto Valdés Hernández
Image par Gerd Altmann de Pixabay 
Justice et Paix France